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I40               DEUX MOIS EN ESPAGNE

 je ne sais pourquoi, ils ne me plurent que d'une manière
 médiocre ; il y avait, parmi eux, une foule de chevaux d'é-
 quipages, trop petits pour des attelages royaux, et qui se-
 raient peu prisés sur nos marchés de Normandie; enfin, je
visitai les mulets non moins nombreux, mais que je dois
ne traiter qu'avec ménagement, car c'est nous, habitants
 du Midi de la France, qui les vendons ; et la seule chose
 que je puisse dire pour notre honneur, c'est qu'on est loin
de nous les payer au prix auquel on les fait acheter à la
reine d'Espagne. Parmi les carrosses, il y en avait de très
anciens dont les panneaux contenaient de ravissantes mi-
gnatures ; c'est un meurtre de les laisser aux brosses de
chiendent de messieurs des écuries. Les voitures Jmodernes
étaient classées par rang de couleurs, et considérées comme
les accessoires de telles ou telles livrées.
    Après le palais et la partie de Madrid voisine du Manza-
narès, il faut parcourir le quartier qui lui est opposé, où se
trouve le Prado et les établissements qui se sont grouppés
près de lui : le Musée Royal, le Jardin Botanique, et celui de
la reine appelé Buen Retiro; ce sont les Champs élysées de
Madrid, mais quoi qu'en disent les Espagnols, ils me sem-
blent moins gais que les nôtres.
    Le Prado est un vaste boulevart qui s'élargit beaucoup
dans son centre, et laisse un grand espace carré vide,
nommé le Salon ; on s'y réunit le soir sur des fauteuils de
fer, pour terminer, dans des causeries, l'éternelle prome-
nade en voiture qui, à Madrid, comme dans tous les pays
chauds, précède le moment où le soleil disparaît de l'ho-
rizon. Ce lieu entouré de beaux édifices, et coupé à angles
droits par les boulevarts à'Alcala et à'Atocha, n'a rien ce-
pendant du pittoresque des abords du palais qui domine la
rivière et les montagnes voisines; le sol y est très médiocre,
et les arbres d'une mauvaise venue ; mais il a été choisi