page suivante »
LE l'ÈRIi DE LA CHA1ZE. H!)
sujet, qui ne sont pas moins curieuses, et M. Sainte-Beuve,
malgré sa prédilection pour \ps hôtes de Port-Royal est tout
aussi explicite.
Le comte de Maistre qui ne s'était point laissé éblouir par les
deux ou trois grands noms qui ont illustré cette école , a porte
ce jugement sur les travaux des Solitaires.
« On ne trouve parmi eux, écrit-il, que des grammairiens, des biogra-
phes , des traducteurs, des polémiques (sic) éternels, ctc ; dvi reste , pas
un liébraïsant, pas un helléniste, pas un latiniste, pas un antiquaire, pas
un lexicographe, pas un critique, pas un éditeur célèbre, et à plus forte
raison, pas un mathématicien, pas un astronome, pas un physicien, pas
un poète, pas un orateur ; ils n'ont pu léguer {Pascal toujours excepté) un
seul ouvrage à la postérité. »
Racine rendu à cette école, M. de Maistre pourrait bien ne
pas avoir tort. Il ajoutait, à propos des livres ascétiques de Port-
Royal :
« Il n'y a rien de si froid, de si vulgaire, de si sec, que tout ce qui est
sorti de là . Deux choses leur manquent éminemment, l'éloquence et l'onc-
tion... Lisez leurs livres ascétiques, vous les trouverez tous morts et glacés.,
c'est le poli, la dureté et le froid de la glace (1). »
< Dessinez dans un cartouche, à la tête du livre, une grande femme
c
voilée, appuyée sur une ancre, {c'est l'aveuglement et l'obstination), signez
votre livre d'un nom faux, ajoutez la devise magnifique : ardct amans si>e
nixa fides: vous aurez un livre de Port-Royal (2). »
Que reste-t-il, aujourd'hui, de tant d'ouvrages si vantés, au
moment de leur apparition, par les correspondances et les Mé-
moires du temps ? Le succès qu'obtinrent tant de livres médio-
cres, ne nous prouve-t-il pas suffisamment qu'il fut l'œuvre d'une
coterie, d'une habileté extrême à se produire et à se faire valoir?
Tout ce qui ne sortait pas de Port-Royal était comme non avenu :
les Jansénistes semblent avoir mis sans cesse en pratique cette
maxime qui fut depuis celle des doctrinaires : Nul n'aura d'espril
que nous el nos amis. Ecoutez Racine et vous n'aurez aucun
doute sur ce point :
Ce n'était point assez, dit-il, pour être savant d'avoir étudie toute sa
vie ; d'avoir lu tous les auteurs. Il fallait avoir lu Janscnius , et n'y avoir
point lu les propositions (3). »
(1) De l'Église gallicane, par le comte .1. de Maigre, p. 38.
(2) lbid. p. 39.
(3) Première lettre de Racine à .Nicole.