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120                     LE PÈRE DE LA CIIIAtZE.
   Pascal a-t-il plus de finesse et de malice ?
   Port-Royal n'était pas seulement « une espèce de club thêolo-
yique; » c'était aussi un centre permanent d'opposition où ve-
naient s'agiter, en secret, les restes mutilés de la Fronde et
tous les mécontents du règne de Louis XIV; son influence devint
bientôt considérable.
   « Des ministres , des magistrats, des savants, des femmelettes du pre-
mier rang, des religieuses fanatiques, tous les ennemis du Saint-Siège,
tous ceux de l'unité, tous ceux d'un Ordre célèbre, leur antagoniste natu-
rel, tous les parents, tous les amis, tous les clients des premiers person-
nages de l'association, s'allient au foyer commun de la révolte. Ils crient,
ils s'insinuent, ils calomnient, ils intriguent, ils ont des imprimeurs, des
correspondances, des facteurs, une caisse publique invisible. Bientôt Port-
Royal pourra désoler l'Eglise gallicane, braver le Souverain Pontife, impa-
tienter Louis XIV, influer dans ses conseils, interdire les imprimeries à
ses adversaires, en imposer enfin à la suprématie (1). »

   Un des plus illustres philosophes de notre siècle, un des pre-
miers écrivains de notre langue, a parfaitement compris, et mer-
veilleusement exprimé en quelques lignes, tout ce qu'il y avait,
au point de vue moral, de faux, d'excessif et de dangereux
dans la doctrine du jansénisme. Malgré ses sympathies pour les
hôtes de Port-Royal, M. Victor Cousin n'hésite pas à se pronon-
cer hautement, au nom de la raison et de la conscience, contre
un système qui niait aussi bien la raison que le libre arbitre.
Dans ses remarquables Etudes sur les femmes illustres du
XVIIe siècle, réminent penseur nous apprend que l'auteur des
Maximes ne fut pas seulement inspiré , en écrivant ce livre
si faux, par la bassesse de son propre cœur, mais qu'il le fut
encore plus par l'influence des Jansénistes ; il nous dévoile que
c'est dans le salon même de madame de Sablé, que fut conçu,
préparé et corrigé ce code affreux de l'égoïsme, que, dans ce
même salon, fut dicté le livre De la fausseté des vertus humaines,
par l'abbé Esprit, et que les pensées les plus sombres et les plus
subversives de Domat et de Pascal furent inspirées au même
foyer.
   Esprit, dit M. Cousin, prenait parti pour La Rochefoucauld. Son ouvrage
est un développement de leurs communs principes , encore exagérés par


   (I) De l'Éalisc gallicane, par Joseph de Maistrc. pp. 34 cl, 35.