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                      DES CLASSES RICHES.                   101

prévaloir et mûrir en lui le bon grain. Aucune vérité n'arrive
à son esprit s'il ne l'a laborieusement cherchée ; la bonté
même n'est qu'un germe dans son cœur s'il ne la développe.
Et pour montrer qu'il ne s'agit pas d'un effort d'un jour,
après lequel, individus et société, nous pouvons nous en-
fermer impunément dans une jouissance paresseuse, une
expérience invincible témoigne que le travail n'est pas moins
nécessaire pour la conservation que pour la création. Tout
champ retourne à la stérilité, les vérités s'échappent de notre
intelligence et de notre mémoire, les penchants vicieux
s'emparent de notre cœur, comme ces esprits du mal, dont
parle l'Évangile, qui reviennent à la maison dont ils avaient
été chassés, aussitôt qu'elle n'est plus soigneusement ba-
layée. Tout ce qui ne monte pas descend, tout ce qui ne
s'accroît plus dégénère ; où le progrès ne se fait plus, la
décadence arrive. Cela est vrai dans l'ordre collectif ou social
comme dans l'ordre individuel.
   Touchons-nous à une de ces époques où la génération
vivante ne fournissant plus a la société ce tribut de forces
individuelles qui constitue la vie et le progrès, celle-ci tombe
dans l'état fatal et trop souvent irrémédiable de la décadence?
Telle serait la question controversée entre notre collègue et
M. Rigault, si ce dernier, cherchant un thème à de fines
observations, n'avait prêté un sens exagéré à l'académicien
lyonnais. Il ne nous a pas semblé que notre collègue ait
poussé ce cri d'alarme que le critique a cru entendre retentir
a ses oreilles. M. Bonnet a simplement signalé comme un
grand obstacle mis sur la voie du progrès, et peut-être
comme un danger pour la société, le refus de concours de
beaucoup de jeunes gens des classes riches qui embrassent
une oisiveté volontaire. M. Rigault ne dit pas que ce ne soit
pas un mal ; mais il n'y voit après tout qu'un des inconvé-
nients qui résultent de l'éloignement naturel de l'homme