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102                 QUESTION SUR L'OISIVETÉ

pour le travail, répulsion qui ne cède le plus souvent qu'à
l'impérieuse loi de la nécessité. A toutes les époques ont
vécu, comme des parasites dans la société , ces oisifs
systématiques qui regardent avec dédain les occupations
vulgaires, et qui repoussent comme vils métiers toutes
professions autres que celles qu'ils estiment, sous l'em-
pire de leurs préjugés, les seules dignes d'une naissance
noble. Leurs noms ont changé comme leurs modes ; mais
leurs mœurs sont restées les mêmes. Pourtant la société a
subsisté ; bien plus elle s'est perfectionnée. Si l'oisiveté des
classes riches est un mal, c'est donc au moins un mal ancien
et qui n'a pas empêché le progrès de se faire : il s'est fait
même dans l'opinion ; car aujourd'hui, sauf en quelques
restes des vieilles idées, elle ne regarde plus le travail comme
dérogeant a la noblesse, et ne confond plus l'oisiveté avec
la dignité. Il y a encore, dit M. Rigault, des fainéants ; il n'y
en a plus qui se vantent de l'être. L'écrivain ajoute qu'ils ne
disparaîtront pas si vite, ni tout à fait, parce qu'un instinct
naturel est plus tenace qu'une opinion. Mais, arrivant aux
mêmes conclusions que M. Bonnet, il dit que le nombre des
oisifs diminuera par mille raisons diverses : la division des
héritages, l'avilissement de l'or, renchérissement de la vie,
et aussi cette salutaire défiance de la stabilité des plus solides
fortunes, qui est l'enseignement des révolutions. M. Bonnet
donne a ces oisifs attardés des avertissements salutaires,
afin qu'ils ne se laissent pas surprendre dans leur apathie
parla nécessité qui s'avance de plus en plus impérieuse, qui
a fait tomber la noblesse politique a la fin du dernier siècle,
et qui n'épargnerait pas d'avantage la bourgeoisie héritière
 des influences sociales et détentrice du sol, si elle s'aban-
donnait aux attraits et aux préjugés de l'oisiveté. Il est bien
entendu que ce que veut M. Bonnet, et sans doute aussi
 M. Rigault, c'est le travail créateur, le seul utile à la société.