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                           A VENISE                          161

   L'Italie, cette patrie des arts, nous attirait : Trahit sua
quemque voluptas.
  Vous dire notre bonheur de franchir le Simplon! Vous
décrire notre ravissement aux îles Borromées, en présence
de ce Dôme de Milan aux marbres éblouissants, et enfin
sur les bords délicieux de ce riant lac de Côme, ce serait
abuser de l'attention du lecteur.
   Il est facile à tous de le comprendre et encore mieux à
ceux qui ont aussi visité ce beau pays.
   Toutes ces impressions, qui émeuvent encore doucement
mon cœur à l'heure présente, étaient bien autrement vives
et saisissantes alors, quand elles étaient accrues par l'entrain
et la gaieté de la jeunesse, ce printemps de la vie!
   Nous avions vu Vérone, ses belles églises, son amphi-
théâtre romain et jusqu'au tombeau plus ou moins authen-
tique de Juliette.
   Nous volions sur les ailes de la vapeur vers Venise, le
but, le rêve de notre voyage. Venise! où nous attendaient,
avec les jouissances artistiques les plus vives, de nouvelles
et charmantes émotions.
   On quitte la terre ferme à Mestre, dernière station du
chemin de fer avant Venise, et la locomotive s'engage sur
une longue chaussée, puis traverse un pont gigantesque
pour arriver à la Lagune.
   Le temps sombre toute la journée, s'était mis le soir tout
à fait à l'orage. Les éclairs sillonnaient les nues et une
pluie mêlée de grêle fouettait les vitres de notre wagon.
   C'était au moment où nous étions littéralement sur mer
que cette tempête se déchaînait.
   Nous étions en quelque sorte lancés dans le vide, l'eau
bouillonnait sous nos pieds et la foudre éclatait sur nos
têtes.
   N» a. — Août 1894.                                   1l