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r8o                  LE CHRIST D'iVOIRE

même, aux derniers jours de la vieillesse. Mais je m'atta-
chai encore davantage à ce récit, lorsque, en poursuivant
ma lecture, je m'aperçus que l'histoire d'un christ d'ivoire
y tenait une grande place. Je me souvins alors que la
chartreuse de Bonpas était encore, au siècle dernier, le
siège d'une école de sculpture, qui avait joui d'une certaine
renommée à Avignon et dans les contrées voisines, et je
songeai involontairement au christ que je venais d'admirer
tout récemment encore, dans notre Exposition Lyonnaise.
   Dans ces mémoires écrits avec cette fidélité de souvenir,
que tout vieillard garde de son enfance et de ses années de
jeunesse, l'auteur se révélait tout entier, et je pouvais,
après plus de deux siècles, lire au fond de cette âme, qui
avait connu les joies, comme toutes les tristesses de la vie
réelle. Aussi ce récit m'offrit bientôt un charme pénétrant,
auquel je m'abandonnai sans réserve.
   Quand j'en 'eus achevé la lecture, je songeai même un
moment à le publier d'une manière complète. Mais, écrit
sous une forme ascétique, propre à édifier surtout ceux qui
ont embrassé la vie religieuse, je ne tardai pas à recon-
naître que son intérêt résidait surtout dans un épisode,
auquel le vieux moine s'était attaché avec amour, comme
on s'attache aux souvenirs auxquels le cœur a la plus
grande part, parce que ceux-là seuls vous laissent une
impression qui ne s'efface jamais.
   C'est ainsi que je me décidai à extraire le récit suivant
de cette autobiographie, qui, dans la pensée de son auteur,
devait demeurer à jamais ignorée.