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318                         L'ANE

personne du pape, invitant les catholiques monarchistes à
se rallier au gouvernement républicain.
   Que les faits se correspondent d'une façon rigoureuse,
c'est ce que je n'oserais soutenir; mais l'idée générale me
paraît en découler, surtout si l'on tient compte de la
signification du chapitre entier. Gar ce n'est pas seulement
l'âne qui désobéit à Balaam, c'est Balaam lui-même qui
finit par désobéir au roi de Moab, en bénissant Israël, parce
que tel est l'ordre établi par Dieu ; le roi de Moab est
sacrifié pour n'avoir pas compris les avertissements de ses
inférieurs. Vox populi, vox Dei, dit le proverbe. Ici la voix
de l'âne est, à n'en pas douter, la voix de Dieu. S'il est
vrai que deux quantités égales à une troisième, soient
égales entre elles, la voix de l'âne, c'est la voix du peuple.
   Du reste, ce rapprochement de l'âne et des masses popu-
laires est constant dans la Bible. C'est un âne qui réchauffe
Jésus dans la crèche, et ce sont des bergers qui lui apportent
les premiers secours matériels et les premières adorations.
Quand, aux derniers jours de sa vie, il entre triomphalement
dans Jérusalem, c'est une ânesse qui le porte, accompagnée
de son ânon, et ce sont les pauvres gens qui l'acclament.
Toujours revient cette idée, que le déshérité, l'ignorant,
l'âne en un mot, voit quelquefois plus clair que ceux qui
 ont la fortune et la science, qu'ils soient des rois ou des
 pharisiens ; et que les puissants seront brisés, s'ils veulent
 contraindre l'humanité à marcher dans une voie opposée
 à celle que lui a tracée le souverain régulateur du monde.

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   Nous avons fait une longue enjambée de Balaam à Jésus-
 Christ. Continuant" à la même allure, nous franchirons