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448                  PIERRE DE NOLHAC

les retenant, dis-je, et les captivant au moyen du fameux
escadron volant de ses filles d'honneur « fort belles et
honnestes dames, toutes battantes pour mettre le feu par
tout le monde », au dire de Brantôme.
    Nous sommes en 1560, Ronsard atteint le point culmi-
nant de la gloire. Toute la France salue en lui le vainqueur
de Marot, le maître sonneur de l'ode et de l'épopée, le
savant qui a demandé — avec trop de confiance en des
résultats futurs dont la durée devait être éphémère — au
grec et au latin l'enrichissement de la langue qu'il a dotée
de termes nouveaux au moyen du provignement des vieux
mots, comme le faisaient les attiques, comme le firent depuis
les Allemands. Pourtant malgré ses travaux et les soins qu'il
donne à la Muse savante, Ronsard ne laisse pas que de chanter
les femmes. Il a bien compris qu'elles donnent au poète la
suprême consécration du talent. Aussi célèbre-t-il et
 aime-t-il l'Amour.
     Son livre des Amours comprend quatre partie distinctes :
 La première, écrite en 1552, est réservée à Cassandre,
 fillette qui lui reste rebelle. La seconde, publiée en 1556,
 chante Marie, rose virginale fauchée dans sa fleur par la
 mort impitoyable. Puis, c'est Genèvre, habitante du fau-
 bourg Saint-Marcel; Astrée, noble dame de la cour de
 Charles IX et Sinope, dans laquelle plusieurs écrivains ont
 cru reconnaître Marguerite de France, duchesse de Berry,
 que Ronsard honore successivement de ses hommages et
 illustre de ses vers, délicats et charmants.
     Mais à Hélène de Surgères, « l'âme tendre des derniers
 jours », était réservée la gloire d'être chantée non plus sous
 un prénom ou un pseudonyme, mais sous son vrai nom. A
 Hélène de Surgères étaient réservés l'immortalité littéraire
 d'une Muse toujours jeune et les derniers élans de cœur