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LES ARBRES DES QUAIS ET DE BELLECOUR 217
En commençant, j'ai cité La Fontaine, en terminant, je
dis avec Boileau : L'ennui naquit un jour de l'uniformité.
N'y aurait-il pas moyen de rendre ces longues lignes
vertes un peu moins monotones ? Ne pourrait-on pas faire
comme à Paris, dans le voisinage des Tuileries et du Pont-
Neuf, planter çà et là sur nos bas-ports, quelques groupes
d'arbres isolés, auxquels on laisserait prendre librement
toute leur envergure, en choisissant des essences variées,
pour lesquelles le voisinage de l'eau serait favorable ?
Je crois que celte nouveauté, que certains bourgeois
pourraient qualifier d'excentrique, aurait l'approbation una-
nime des artistes de profession, et de tous ceux, encore
plus nombreux, qui le sont sans le dire.
Un des correspondants de journaux auquel je réponds,
(Salut public 25 mars 1888), avait pris pour épigraphe : vox
damans in destrio (ma voix crie dans le désert) ; je pourrais
lui dire qu'il n'est pas tombé tout à fait juste, puisque sa
voix a provoqué ma réponse.
Quant à moi, je suis si convaincu de la justice et de la
convenance de mes propositions à tous les points de vue,
de l'art et de l'intérêt général, que j'ai confiance entière
dans leur succès.
Et je ne crois pas crier dans le désert en disant : qu'elles
ont en outre l'avantage de ne contrecarrer personne, pas
même les petites gens, qui ont l'habitude de faire leurs pro-
visions de bois avec les débris de l'élagage régulier de nos
promenades et, de plus, de promettre de l'ombre aux tail-
leurs de pierre de nos bas-ports, qui pourront toujours en
profiter, au moins à l'heure de leurs repas.