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LITTÉRATURE 477 Si pour moi la nature est sourde, la colère Me dictera des vers bons ou mauvais, je croi, Comme ceux que ferait Cluviénus (1) ou moi. Depuis les temps lointains où, sauvé du déluge, Deucalion s'en vint trouver un sûr refuge Au Parnasse, et chercher la volonté des dieux ; Où les rocs attendris s'animaient sous ses yeux ; Où pour l'homme Pyrrha créait des vierges nues, Tout ce qui nous occupe, ambitions déçues, Désir, crainte, vengeance, envie et volupté, Tout cela dans mon livre a le droit de cité. Et quel tempe fut jamais en vices plus fertile? Quand la fureur d'avoir a-t-elle été plus"vile? Quand, la rage du jeu?... Car ce n'est pas assez D'y risquer quelques sous dans la poche laissés ; Toute la caisse y passe; épouvantable guerre, Dont un croupier fournit l'arsenal ordinaire ; Triste et double folie où, le coffre vidé. On refuse au valet l'habit qu'il a prêté. Vit-on chez nos aïeux tant de villas ruineuses ? Mais surtout cachait-on ces tables somptueuses Que l'on charge pour soi des mets les plus exquis, Tandis quo sur le seuil des restes sont servis (2) Que notre peuple-roi dispute à la misère ? Encor faut-il subir un examen sévère, De peur que sous mon nom vous ne preniez ma part. Faites-vous reconnaître. On appelle au hasard ; Les descendants d'Enée attendent à la porte. — Voilà pour toi, préteur; à toi, tribun, emporte! (1) Mauvais poète. (2) La sportule, espèce d'aumône quo des magistrats ne rougissaient