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440 LA GUEKRE DE SYRIE l'extrême plaisir que lui faisait notre visite. On n'exerce pas avec plus de cordialité l'hospitalité la plus étendue. Seuliman voulut nous forcer, pour ainsi dire, d'aller occuper une de ses maisons au Vieux-Caire et ce ne fut qu'avec peine qu'il consentit à nous laisser partir le soir. Nous fîmes le dîner le plus joyeux. Seuliman, en sachant se faire respecter, a su en même temps se faire aimer de ses officiers comme de ses soldats. Il y avait deux des premiers à dîner avec nous. On chanta, on conta des his- toires, et sans parler tous la même langue, on se comprit à merveille, dans la mutuelle intention de se rendre agréables les uns aux autres. « Nous quittâmes le camp vers le soir, avec promesse d'y passer plusieursjours, au retour du Caire où Seuliman se proposait de venir nous chercher. Il était, à cette époque, dans une sorte de disgrâce auprès d'Ibrahim- Pacha, à la bravoure duquel Seuliman rendait une écla- tante justice. Mais de vils intrigants avaient su envenimer un mot échappé peut-être à sa vivacité et rendre suspect l'homme le plus dévoué de tous les sujets de Mohammed- Ali, que Seuliman m'a dit chérir comme un père. Ce par lui que j'ai su tous les traits qui font honneur au caractère et aux talents du vice roi. Proscrit et malheu- reux, Seuliman trouva dans ce prince non pas un maître, mais un bienfaiteur et un père. » On voit que Soliman, dans la fierté de son caractère, ne rougissait pas d'avouer qu'il avait connu l'adver- sité. Rien que pour ce mot, nous eussions transcrit ce passage. Le mois suivant, Soliman vit enfin cesser sa disgrâce, et fut nommé général. M- Mimant, consul de France, avec lequel il était lié d'amitié et qui avait été informé l'un des premiers, par le Pacha, de cette nomination,