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2i6 ÉTUDE SUE LES TABLES CLAUDIENNES.
Dédaignant les clameurs intéressées de ses adversaires,
il développe avec calme devant le sénat de son pays tous
les motifs qui lui semblent militer en faveur de nos ancê-
tres. La cause qu'il plaide est celle des nations et il ne
se montre pas indigne de sa tâche. Lorsqu'il prend en
main la défense des fils des barbares domptés, Claude
doit nous intéresser et comme Gaulois et comme chré-
tiens. Par un dernier abaissement des démarcations
antiques, il prépare les voies à la religion nouvelle, cette
religion que prêche, à deux pas de son palais, l'homme
élu pour être l'apôtre des nations. « C'est, dit M. Miche-
« let, le premier monument authentique de notre histoire
« nationale, et le titre de notre admission dans cette
« grande initiation. »
Si nous considérons les Tables de' Claude sous un as-
pect moins général, nous y trouvons la preuve que les
sentiments bons et honnêtes étaient loin d'être éteints
dans l'âme de cet empereur. Il fut au moins susceptible
d'amitié ; la manière dont il parle de Vestinus et de Per-
sicus, la chaleur avec laquelle il recommande au Sénat
les enfants du premier de ces illustres personnages, le
démontrent. Il ne fut pas non plus étranger à la recon-
naissance; il rappelle avec trop de précision les services
rendas par les Gaulois à Drusus, son père, pour être taxé
d'ingratitude.
Nous pouvons nous tromper, mais, d'après tout ce qui
précède, nous osons, contrairement à l'opinion générale,
croire que l'empereur Claude ne fut ni un homme méchant
ni un imbécile. Son gouvernement n'eût-il amené que cette
seule mesure, l'admission dans le Sénat romain des Gau-
lois chevelus, c'en devrait être assez pour que nous, leurs
enfants, nous ayons souci de sa mémoire.
L. DE LA SAUSSAÃK.