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164 LE BOUQDET FATAL.
Mais hélas ! le destin, s'il a des heures clémentes, a des re-
vanches bien rudes. Tout ce bonheur allait s'évanouir en sinis-
tre fumée.
L'hiver, cette année-là , fut précoce et exceptionnellement
rigoureux. La fiancée de Remy ea supporta vaillamment les
premières atteintes, mais il vint un jour où.elle fut vaincue, et
où ce mal, qu'on croyait guéri, reparut dans toute son inten-
sité.
11 marcha à pas rapides et rien ne put en arrêter les terribles
bonds. C'était la phthisie galopante avec son implacable
fougue.
Remy lutta d'abord avec l'énergie du désespoir, il espérait
écraser ce mal qu'il avait déjà si bien dompté. Mais il fut dé-
bordé par lui comme par l'eau s'échappant d'une digue rompue
On ne fait pas deux fois le même miracle. 11 vint un jour où
dans le morne accablement d'un condamné à mort, les yeux
caves et rouges, et la voix étouffée, il dit à Mme de Vallouise :
Elle est perdue.
Tous deux assistaient à cette agonie avec cette résignation
sombre et désespérée de ceux que les tyrans forcent à regarder
le supplice de leurs proches. Ils essayaient bien de tromper la
chère moribonde par le faux éclat d'un sourire trempé de lar-
mes, mais elle avait tout compris, et partait sans rien regretter
parce qu'elle avait aimé.
Une nuit de février, quinze mois environ après la mor-
telle syncope qui avait mis Remy sur le chemin de sa vie,
elle se dressa sur son séant et tendit ses deux mains à sa mère
et à son fiancé agenouillés auprès de son lit.
Un sourire divin éclairait son visag e et sa voix était douce
comme une lyre lointaine.
— Ne pleurez pas, dit-elle : je suis heureuse. Je devais
mourir il y a un an. Dieu m'a conservée pour me faire con-
naître ce qu'il y a de meilleur au monde ; n'est-ce pas, Remy ?
fit-elle en le regardant avec tendresse.
— Mon âme est de celles qui n'oublient pas. Elle vous suivra
partout.—Adieu, ma mère, ne pleurez pas; il voua reste un fils.