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92 LE PAGE DU BARON DES ADRETS.
— Arrêtez, Monsieur, reprit Blancon à voix haute
et ferme. Marianne a suivi l'armée contra son gré ; elle
a pris des habits d'homme pour obéir aux exigences
de la guerre et ne pas faire connaître son sexe aux
soldats. Longtemps on a ignoré qu'elle fût une jeune
fille ; mais toujours elle a été respectée par tous, par le
général et par nous ; j'en jure par le respect et l'affec-
tion que j'ai pour elle, moi, Blancon, l'ami du général,
qui ne les ai jamais perdu de vue un instant. Ces Mes-
sieurs en sont témoins ; ils peuvent l'attester.
— Nous l'attestons, dirent les officiers huguenots. La
demoiselle de Varennes a toujours vécu en sage conduite
et grande raison.
— Mais, où est-elle? demanda le pauvre oncle ; son
père a pleuré sa perte et plus encore depuis le malheur
qui l'a frappé.
— Quel malheui ? demanda Blancon.
— Mon frère n'avait qu'un fils, son héritier, qu'il
adorait, et une fille qu'ii avait éloignée et qu'il voulait
enfermer dans un couvent. Mais Dieu l'a bien frappé.
Son fils est mort en combattant les huguenots, et, le bruit
ayant couru que Marianne avait péri à la prise et pen-
dant le sac de Chabeuil, le malheureux père, à moitié
fou de douleur, pleurait la perte qu'il avait faite de ses
deux enfants.
— Marianne vit, Marianne est digne de lui ; mais elle
a fui pour éviter l'amour du baron. Il faut prévenir le
comte de Varennes, lui rendre sa fille et lui laisser, Ã lui
son père, le droit et le pouvoir de disposer de son en-
fant. Quelle joie! quel bonheur après avoir pleuré sa
perle !