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428                     BIBLIOGRAPHIE.

Mais cela ne l'avance de guère ; elle ne sait plus au juste
ce qu'elle cherche dans le feuillage ou dans la laine, et sa
vue va baissant sans que son bas hausse sensiblement.
   « Elle persiste néanmoins et s'acharne, — passant fié-
vreusement, de temps à autre, une de ses longues aiguilles
sous les ruches de sa coiffe, dans les touffes blanches de ses
cheveux éclaircis, comme pour réveiller et stimuler au feu
son chef ébranlé ; — qu'espère-t-elle donc? — Finir son
dernier bas avant de faire son dernier pas ! »
    Comme ce tableau de la vie se termine vif et amer!
comme ce portrait de la ravissante jeune fille des montagnes
est vrai, triste et décourageant! Je ne sais plus qui a trouvé
deux fautes de français dans le testament de Louis XVI. Je
suis certain que le même épilogueur, le même peseur de
mots, le même arrangeur de phrases s'exclamerait.devant
le Temps qui fouette sa toupie, mais je suis sûr aussi que
pas une femme ne lira ce chapitre sans se sentir le cœur
serré.
    Nous avons dit qu'il y avait de tout dans ce livre. L'au-
teur aperçoit une aiguille dans une église; il la ramasse.
Puis, de fil en aiguille, il décrit Yépêe de la femme, les ca-
drans, les clochers, les aiguilles de rocs et de glaces, la
boussole, le labourage, l'équilibre des choses humaines, les
 dards et Vaiguillon des aiguillons; il regarde, par le trou
 d'une aiguille, ce qui se passe dans un étui et, rencontrant
 un jour, dans un parc, une belle et gracieuse jeune fille qui,
en courant, a déchiré sa robe, il retrouve miraculeusement,
 dans la doublure de son habit, l'objet ramassé au pre-
mier chapitre; il l'offre à la jeune fille qui rougit, s'arrête,
accepte et sourit : c Elle sourit! le sourire est au baiser ce
                      <
que la fleur est au fruit : une annonce, une promesse. Dé-
 sormais la glace était rompue et le printemps assuré. Peu
 après, sous les voûtes d'une vieille église, la même où j'a-
vais fait ma miraculeuse trouvaille, j'attachais le voile nup-
 tial    » et voilà comment M. de Gravillon a fait un livre
 avec rien, a la façon de Sterne, de Xavier de Maistre, ou de
 Jules de Saint-Germain. Cela ne vaut pas Alhalie, sans
 doute, dira-ton, mais je le préfère à Rocambok qui a pourtant
 trois millions de lecteurs.
                                               A. V.