page suivante »
120 HISTOIRE LITTÉRAIBE DE LYON.
« angélique qu'humaine ; mais ce n'étoit rien à la compa-
« raison de son esprit tant chaste, tant vertueux, tant
« poétique, tant rare en sçavoir, qu'il sembloit qu'elle
à eût été créée de Dieu pour être admirée comme un grand
« prodige entre les humains, car encore qu'elle fût insti-
« tuée en la langue latine, dessus et outre la capacité
« de son sexe, elle étoit admirablement excellente dans
« la poésie des langues vulgaires, dont rendent témoi-
« gnages ses œuvres qu'elle a laissées à la postérité (1). »
La Belle-Cordière ne brillait pas seulement par sa
beauté et son esprit ; à ces qualités elle joignait un cou-
rage vraiment chevaleresque : un auteur anonyme qui a
composé des vers à sa louange, affirme qu'on la vit, en
1542 , sous les murs de Perpignan , combattre avec
autant d'adresse que de valeur, montée sur un ardent
coursier, revêtue de l'habit militaire et armée de la lance
et de l'épée.
Les œuvres de Louise Labé furent imprimées d'abord
à Lyon par Jean de Tournes, en 1555 ; elles, comprennent
un dialogue en prose, trois élégies et vingt-quatre son-
nets, dont le premier est en italien. Le dialogue est dé-
dié a Clémence de Bourges, son amie ; c'est un débat en-
tre la Folie et l'Amour : Jupiter avait invité tous les
dieux à un festin solennel ; au moment de franchir la porte
de son palais, Amour et Folie se disputent le pas. Trans-
porté d'une colère soudaine, Amour saisit une flèche dans
son carquois et la décoche sur Folie ; celle-ci ayant évité
le coup, s'élance sur son rival et lui arrache les yeux.
Vénus porte l'affaire au conseil des dieux ; après avoir
entendu les défenseurs de chaque partie, Jupiter con-
damne Folie à conduire éternellement l'Amour. L'inven-
(2j Païadin, Hist. de Lyon, jiag. 355.