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382                     ORIGINES DE LUGDUNUM.

convenances : elle n'était séparée que par un canal étroit des
berges de ce cap où se trouvait la forêt sacrée. Moins abrupte,


séparées du continent par une coupure, nos ancêtres de la Gaule élevaient
un tumulus et l'isolaient à l'aide d'un fossé circulaire. Au Terminium turo-
nicum de saint Grégoire de Tours, subsiste une pareille élévation factice;
de trop petite dimension pour avoir supporté une fortification quelconque,
elle n'a jamais offert, depuis que la charrue entame son sommet, de ruines
d'aucune espèce. On l'appelle la Motte de Flines ; près de là, dans le même
champ, sourd la fontaine sacrée de cette frontière, nommée aussi de Flines,
et, non loin, se révèlent, à chaque labour, des débris abondants de l'époque
gallo-romaine. Entre Combiers et Monthardy, au-dessus de l'antique bourg
de Sarrazac, en Dordogne, le milieu d'une vaste lande supporte une butte
solitaire, entourée d'un fossé ; cette butte passe pour une tombe de Sar-
razin, non pour une base de château (M. de Montégut, Notice sur les en-
ceint. de Pierre de Monthardi.). Dans la région sainte des Carnutes, à
Lèves (Leugœ, 1031, Leuvœ, 1150, Dict. topograph. d'Eure-et-Loir, v°
Lèves), auprès d'une source sacrée et d'un bouquet de bois, reste d'une
forêt druidique appelée le bois de Lèves, Nemus Leugarum (Tît. de 1220,
mémo Dict. topograph., \°. Bois de Lèves), la fameuse Montagne des
Lieues , ou pierres sacrées, possédait un fossé qui l'isolait du terrain
d'alentour (V. Colchin, Monum. celt. d'Eure-et-Loir, dans les Mèm. de la
Société imp. des Anliq. de France, l r e série, 1-28. — De Fréminville,
Monum. du pays chart., dans les mêmes mèm., t. II. p. 154 et seq.—Che-
vard, Hist. de Chartres, t. I, c. 1, § 7.). A une époque inappréciable,
de la chute de l'empire à la fin de l'ère carlotingienne peut-être, cette
bulte des Lieues fut, comme elle était fossoyee, vaste et haute, couronnée
d'une sorte de fortification. Pareille profanation est arrivée à beaucoup
d'autres sommités de même origine: aux unes on imposa des donjons
(castella), aux autres des tours à signaux (balfreda), ce que je me propose
de démontrer, lorsque, plus loin, va se présenter la question des poypes
de la Bresse et desDombcs.
   Les îles, les caps et les tumulus isolés faisaient partie de l'organisation
religieuse de toutes les familles aryennes vivant sur le sol de l'Europe pri-
mordiale. « EstintnsMÎa oceani castumnemus », dit Tacite \German., LXI).
Les Grecs avaient leur Samothrace et leur Délos ; celle-ci offrait de plus
cette particularité remarquable : « La partie supérieure de l'île, en se ré-
trécissant, forme une presqu'île, dont l'isthme porte encore des traces au