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378 LÉGENDES DE LA VILLE D'ARS. Néanmoins j'ai voulu revoir le lac de Paladru avant de li- vrer mes observations au public, et je ne puis que me félici- ter d'en avoir ajourné la publication. La sécheresse des derniers mois de 1865 ayant amené un ralentissement extraordinaire dans le mouvement des eaux qui alimentent le lac, son niveau s'est abaissé considé- rablement et m'a facilité l'étude des pilotis qui en émaillent le fond. Il est fâcheux que les moyens dont je disposais ne m'aient pas permis de mettre a profit une circonstance aussi favorable. Il y avaitla, j'en suis persuadé, une mine féconde à exploiter dans l'intérêt de l'archéologie, et j'aurais pu y recueillir des renseignements excessivement précieux sur les mœurs et l'état de civilisation des anciens habitants du pays, comme on l'a fait avec tant de succès en Suisse et en Savoie. Dans les lacs de ces contrées, en effet, et sous une première couche d'argile sableuse de peu d'épaisseur, for- mée par leurs dépôts journaliers, la pioche a mis à décou- vert une seconde couche noircie par d'abondantes matières organiques en décomposition et offrant, entre les assembla- ges de pilotis, une foule d'antiquités. Cette couche meuble re- posait sur le fond primitif des eaux, qui, comme la couche supérieure, ne présente aucune trace d'antiquités. Ces pilotis sont de bois de chêne, de hêtre, de bouleau, de sapin, et varient a peu près de 10 h 20 centimètres d'épaisseur. Je n'en ai pas vu hors de l'eau, mais je présume que, comme partout, ils sont aiguisés a leur extrémité infé- rieure par la hache ou par le feu ; je ne parle pas, bien en- tendu, de ceux qui occupent le sommet des tumulus que, probablement on a jugé inutile de rendre pointus, vu leur mode de fixation. Il est difficile d'estimer la hauteur pri- mitive de ces pilotis, car la partie qui s'élevait au-dessus de l'eau n'existe plus depuis longtemps ; et, quant à ceux que l'on voit encore au fond du lac, on peut facilement expliquer