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                   ON NE CROIT PLOS A RIEN.                    73

 ne lui manquait qu'une chose, essentielle c'est vrai, des ca-
 pitaux, fl était difficile d'en avoir moins. Eh bien ! voyez
 s'il était fort, il s'en passa et se lança quand même. Avec
 quoi? mon Dieu, avec de l'audace ; et le proverbe se trouva
 une fois de plus justifié en sa personne : la fortune lui sourit.
     Bientôt il ne pensa plus qu'aux grandes affaires, négligeant
 de plus en plus le travail de bureau qui pesa sur moi plus
 lourdement. Les consolations métaphysiques même me fu-
 rent interdites, lui ne daignant plus, comme autrefois , se
 prêter a la discussion d'où jaillit la lumière , absorbé qu'il
 était dans de plus utiles spéculations.
    Cependant, je ne me plaignais pas: Ravinel, pour me dé-
 dommager, aie faisait ses confidences, m'enlretenant de ses
 premiers succès et de ses espérances grandissantes. Chaque
quinzaine, c'était une liquidation dorée, dont il m'élalait le
bordereau enivrant. Il gagnait des mille et des cents, et ses
récits me donnaient le vertige. Il parlait une langue inconnue
que je m'efforçais d'apprendre, afin de pouvoir traiter avec
lui de nouvelles questions.
    Alors, on le mit à la porte.
    C'est qu'en vérité il négligeait trop le bureau. Il n'en fit
que rire, en homme désormais bien au-dessus d'une posi-
tion si infime. Combien il me manqua ! j'eus moins de cœur
a l'ouvrage, quand il en eût fallu le double, chargé , comme
je le fus, de son travail et du mien, et sans augmentation.
Je le trouvais heureux d'être sorti de ce tombeau, pour se
faire une place au soleil. Je l'aurais bien suivi, si j'avais osé,
mais je suis timide par tempérament. Pourvu, seulement,
qu'il ne me méprise pas, à présent qu'il est riche, me disais-
je; n'envions pas son bonheur, et restons dans mon trou.



  Ravinel ne me méprisa point, l'excellent cœur. Nous nous