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76 ON ÃSE CROIT PLUS A RIEN.
retrouvions avec joie, le soir, Ã notre pension ou bien au
café ; pas toujours cependant, parce que, lancé dans les
grandeurs, il était souvent forcé de délaisser, pour d'autres
plus somptueux, ces modestes établissements où nous
avions passé, a peu de frais, de si bonnes heures. Quand
nous avions la chance de nous rencontrer, Ravinel conti-
nuait a me monter la tête, en faisant reluire à mes yeux
cette bienheureuse pluie d'or qui s'obstinait à l'inonder ; et
il voulait absolument, avec sa générosité naturelle, me pla-
cer aussi un peu sous la gouttière.
Moi, j'avais quelques économies; peu de chose, mon Dieu:
une dizaine de mille francs, amassés en vingt ans, maigre
trésor, sur lequel se fondait en partie l'espoir de ma vieil-
lesse. Depuis longtemps, Ravinel se moquait de mes écono-
mies et de mes idées plus étroites encore que mes écono-
mies. J'auraisun million aujourd'hui, me disait il souvent,
si j'avais pu, comme toi, disposer en commençant, d'un petit
capital. Entre donc dans les valeurs, mon cher, entre donc,
peureux !
Peureux, sans doute je l'étais. J'y serais bien entré dans
ses valeurs, si j'avais pu y entrer sans mes dix mille francs.
Pourtant j'avais bien envie de gagner ; oh ! pas un million,
je vous assure, je n'étais pas si ambitieux; maisRavinel riait
beaucoup de tant de pusillanimité.
Un jour, il vint a mon bureau, s'assit auprès de moi d'un
air grave et mystérieux, et me serrant fortement le bras,
il me dit a voix basse et d'un ton inspiré :
— Germanet.... C'est le moment! !....
— Quel moment?.... Balbutiai-je fort ému.
— 1 y a un coup à faire... Chut! !... me glissa-t-il dans
1
l'oreille.
— Un coup... Vraiment? répondis-je ahuri, quel coup,
Ravinel ?