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                            PHILOSOPHIE.                         281
 effet d'imagination, le sentiment religieux peut se développer à
 mesure que nous avançons en âge ; parce que les passions étant
 calmées, l'imagination et la sensibilité moins excitables, la raison
 est moins troublée dans son exercice ; alors Dieu , le souverain
bien, sort comme des nuage, notre âme le sent, le voit en se
 tournant vers lui, source de lumière         La crainte de la mort
n'a rien de commun avec ce sentiment, et se trouve au contraire
en opposition directe avec lui. » Il avait éprouvé, ainsi que
l'auteur de l'Imitation et tous les mystiques, l'amertume de
ces états de langueur et d'angoisse de l'âme où tout se tourne
en dégoût, où le cœur qui ne saurait plus rien aimer, devient
comme un arbre desséché jusqu'à la racine ; mais il vit, lui aussi,
avec surprise et admiration, que si l'on sait attendre que l'hiver
soit passé et que Dieu ait fait mourir tout ce qui doit mourir,
alors le printemps ranime tout (1). »
    En voyant que ces changements étaient si subits, si complets,
si imprévus pour l'être intérieur qu'ils bouleversaient en une
minute de fond en comble, il ne put s'empêcher de les attribuer
à une force cachée , surnaturelle, qu'on ne se donne pas, mais
qui agit sur nous d'autant plus efficacement que nous faisons
abnégation plus complète de nous-mêmes. Il explique avec luci-
dité cette métamorphose intérieure qui substitue à cet état
de vide et d'aridité l'intuition de tout ce qu'il y a de parfait,
de grand, de beau, d'éternel : « dans le point de vue psycholo-
gique , ou sous le rapport de la connaissance, l'âme tire tout
d'elle-même ou du moi ; par la réflexion : mais dans le point de
vue moral, ou sous le rapport de la perfection à atteindre, du
bonheur à obtenir ou du but de la vie à espérer, l'âme tire tout
ou reçoit tout du dehors, non de ce dehors du monde des sen-
sations, mais du dehors d'un monde purement intellectuel, dont
Dieu est le centre      L'âme peut trouver dans la pensée de
Dieu, de l'infini, des moyens de force, d'élévation et de paix
qui restent les mêmes quand la machine s'affaisse et que tout
l'organisme tend au découragement, à Ja tristesse, à l'ennui ......

  (1) Fcnclon.