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                    LETTRES DE F. OZANAM.                   249

prêtre, seul avec ses pensées, attaché par devoir à l'ensei-
gnement Ihéologique, sans autre soin, sans autre inquiétude,
pourra-t-il s'abstenir de méditer, de contempler ce qui est
devenu l'objet de sa vie tout entière? Puis, l'imagination et
la raison s'emparant tour à tour du dogme pour le commenter
et l'embellir, pour l'approfondir, ou même pour le déguiser
aux yeux vulgaires, ne finiront-elles pas par élever, à frais
communs, l'immense édifice de la mythologie ?
   Ceci s'applique à toutes les castes, à tous les collèges de
prêtres, Druides, Shamanéens, Brahmes, Scaldes, Sybilles,
initiateurs de toutes les contrées, de Samolhrace, de l'Egypte
et de la Grèce. En Israël, c'est la tribu de Lèvi, dépositaire
de traditions à partir de Moïse, Moïse et Aaron, prêtres et
législateurs, succédant à l'époque patriarcale d'Abraham et
de Jacob, à l'instant où les Hébreux devenaient peuple.
   Ainsi, le patriarche, c'est l'homme primitif; c'est l'homme
qui croit ; — il y a synthèse dans sa pensée. Le théosophe
( &soso^.os, sotytx, sagesse, science), c'est l'homme de la
seconde époque, celui qui réfléchit ; c'est l'homme de l'analyse
qui isole les faces diverses de la vérité, les assimile, à son
imagination le plus souvent, à sa raison quelquefois.
   Voilà une dissertation bien longue ; tu en feras ce qu'il te
plaira et tu me diras ce que tu en penses. J'attends avec
impatience ton manuscrit, et je l'annoterai avec sévérité.
MM. de Chateaubriant et Ballanche m'ont bien accueilli.
M. Ballanche m'a dit dans la conversation : « Toute religion
 « renferme nécessairement une Théologie, une Psychologie
« et une Cosmologie. » N'est-ce point là ce que nous disions
un jour ensemble ? — N'est-ce point là celte tryade mysté-
rieuse, dans laquelle toute science vient se résoudre? —
N'est-ce pas là la métaphysique transcendanlaledans laquelle
viennent se résumer toutes connaissances humaines; et n'est-
ce pas une manière d'entendre l'apotre saint Paul, quand il