page suivante »
208 ÉTUDE SUR LUS MOEURS immortels : Per deos immortales ; ils me rappellent que c'est au milieu de ces mêmes montagnes , de ectte nature alpestre, que notre grand poète bourguignon, l'illustre chantre d'Elvire , a puisé ses premières et ses plus pures inspirations. Le fait que je viens d'essayer de mettre en lumière, n'est point un fait isolé, un accident fortuit, il se rattache à l'esprit même, au caractère éminemment littéraire de la célèbre abbaye. Cette étude a donc son enseignement : elle témoigne, je l'ai déjà dit, des goûts et des habitudes littéraires de l'Ordre de Cluny, et nous montre la célèbre communauté sous un de ses aspects les plus intéressants et les moins étudiés jusqu'à présent. L'amour des belles-lettres, en effet, les études intellectuelles étaient une tra- dition dans l'Ordre de Cluny; l'abbé même devait se distinguer comme écrivain, sous peine de paraître indigne du haut rang qu'il occupait. Voilà pourquoi Pierre de Poitiers écrivait un jour à Pierre-le-Vénérable ces remarquables paroles : « Ecrire est pour les abbés de Cluny une « tradition héréditaire ; c'est comme une prérogative spéciale « attachée depuis les temps les plus anciens à leur titre. Ce « n'est pas seulement le caractère dont ils sont « revêtus qui les force à écrire : s'ils ne le faisaient pas, comme « des fils dégénérés et bien différents de leurs pères , ils de- « vraient rougir dehonlc. » Il est donc vrai que, tout près de nous, dans celte vieille cité qui n'est plus maintenant qu'un souvenir, il y a eu non seule- ment un grand centre religieux et politique, mais encore un grand centre intellectuel, une grande école littéraire. Celte école, qu'une jalouse rivalité accusait de donner trop de place, dans l'enseignement, aux lettres païennes, de former des avocats et des médecins, qui s'honore d'avoir balancé le Bec dans l'esprit de saint Anselme , abrité les derniers jours d'Abélard persécuté, et formé l'historien Raoul Glaber, le théologien Alger et l'illustre controversistePierre-le-Vénérable, fait maintenant la vraie gloire et la vraie grandeur de Cluny. Otez à Cluny ses écrivains et les œuvres qu'ils nous ont laissées, queresle-t-il? Des bâtiments à demi ruinés, des marbres brisés, des pans de mur qui s'é- croulent : vieux débris, antiques souvenirs, que le zèle pieux de