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114 LE l'ÈRE DE LA CHAIZE.
sure que la scelc faisait de nouveaux prosélytes, d'élégantes mai-
sons , qui offraient toutes les commodités et les agréments de la
vie mondaine , vinrent se grouper autour du cloître. Tandis que
les religieuses menaient sous le ciliée l'existence la plus rude ,
qu'elles couchaient sur la paille et s'imposaient les plus dures
privations, Ã quelque distance de leurs cellules , d'autres habi-
tants de Port-Royal, tels que le duc de Liancourt et Mesdames
de Guémené et de Sablé trouvaient dans leurs somptueuses
demeures toutes les jouissances du luxe et de la bonne chère (1).
La tolérance des chefs jansénistes pour leurs amis et amies
était extrême. Nous avons sur ce point les aveux mêmes de
Racine, au moment de sa rupture avec Port-Royal.
« Qu'une femme fût dans le désordre, qu'un homme fût dans la débau-
che, écrivait-il à Nicole , s'ils se disaient de vos amis , vous espériez tou-
jours de leur salul; s'ils vous étaient peu favorables, quelque vertueux qu'il s
fussent, vous appréhendiez toujours le jugement de Dieu pour eux (2). »
« Ainsi, d'après le témoignage de Racine, confirmé d'ailleurs par les
mémoires du temps, on pouvait se décider pour Port-Royal contre les Jé-
suites, tout en restant « une femme dans le désordre et un homme dans la
débauche. » La mode, l'esprit d'opposition aidaient à recruter le parti ; et
la crainte d'être soupçonne de favoriser les casuislcs relâchés « n'était pas
le seul mobile qui poussât à la distinction du fait et du droit (3). »
On sait que pour faire triompher le système de la grâce irré-
sistible , Arnauld d'Andilly choisissait de préférence les plus
jolies pénitentes. «Je crois fermement, écrivait Mme de Choisy,
que si M. d'Andilly savait que j'eusse l'audace de n'approuver pas
les jansénistes , il me donnerait un beau soufflet, au lieu de tant
d'embrassades amoureuses qu'il m'a données autrefois (4). »
Arnauld avait eu plus d'un faible en sa vie ; ses deux passions les
plus connues furent pour la princesse de Guémené et pour
Mme de Sablé. « Nous faisions la guerre au bon homme d'Andilly,
disait Mme de Sévigné, de ce qu'il avait plus d'envie de sauver
une âme qui était dans un beau corps qu'une autre (5). »
(1) Voir les Eludes de M. Victor Cousin sur JH'J» de Sablé.
(2) Lettres de Racine à Nicole sur les Imaginaires.
(3) Dom Guérangcr. Univers religieux des 13 et 14 février 1858. Variétés.
(4) Madame de Sablé , par M. Victor Cousin, p. GO.
'5) Lettre de Madame de Sévigné , du 19 août 1676.