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                    LES FEMMES MARSEILLAISES.                    399
toutes parts ; il n'est pas jusqu'aux cartes qu'on trouva le moyen
de mettre dans le complot. On leur avait imposé cette devise :
J'aime l'amour et la cour (1), et le poète chantait au roi pour
l'encourager :
         C'est le plaisir des yeux et la douceur des âmes,
         Tout ce qu'on voit briller de filles et de femmes
         Ont pour lui dans le cœur d'étranges embarras,
         El s'il prend quelque part à la peine qu'il cause
         Que je lui vois tomber d'affaires sur les bras !
              Je crois qu'il fera quelque chose (2).

    Donc, à Marseille, la cour en voyage afin de s'entretenir dans
 les manières galantes, tenait chaque matin des petits levers, où
 se trouvaient les jeunes gentilshommes les plus élégants et
les mieux placés dans les faveurs royales. Là, sous le pré-
texte des plus grands intérêts de l'État, on parlait de mille choses,
hormis la chose publique.
    Voici ce qui se passa un jour dans l'une de ces graves ré-
ceptions royales :
   Louis XIV était assis ou plutôt mollement étendu dans un
large fauteuil. Une glace de Venise dans sa bordure magnifique-
ment sculptée, était posée devant Sa Majesté ; un valet-de-
chambre ajustait sur ses épaules les rouleaux ondoyants d'une
chevelure luxuriante                                                    «
   — Eh ! bien, Messieurs, fit le roi, que dit-on à Marseille ?
   — Sire, répondit un gentilhomme, tout le monde s'entretient
encore de la magnifique entrée de Votre Majesté à travers les
remparts de la ville....
   —C'est une idée du cardinal, reprit le roi, il était bon de donner
une leçon à ces Marseillais qui s'ingèrent de jouer à la républi-
que dans mon royaume.
   La leçon a merveilleusement profité, dit un colonel des mous-
quetaires, blond et rosé.

  (1) Bibliophile Jacob.
  (2) Benserade.