Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
228                  DE L'ÉGLISE, DE L'ÉTAT

fondamental : il n'y a plus de religion d'Etat ; et sans se dé-
truire par conséquent, car toute œuvre qui forfait à son
principe, se suicide. A-l-il le droit de le faire en son propre
nom? ce serait établir l'État juge suprême de la religion
et le déclarer dogmatiquement infaillible, ce que personne
n'oserait soutenir.
   L'Etal ne peut donc en aucune manière se mêler de re-
ligion, ni quant au culte, ni quant à l'enseignement ; toute
religion doit être pour lui chose absolument étrangère, il
ne peut intervenir que pour proléger la liberté matérielle
d'un culte contre les attaques d'un autre; il ne doit en fa-
voriser ni en exclure aucun ; et la catégorie des cultes re-
connus par l'État est déjà une injustice et une inconséquence.

             § I I I . DE L'ENSEIGNEMENT SCIENTIFIQUE.


   L'État n'est pas juge de la religion; l'est-il de la science, et
peut-il s'emparer de son enseignement?
   L'État, avons-nous dit, manifeste dans la société le côté de
la pensée humaine que nous avons appelé la science ; ce qui
revient à dire que les institutions sociales expriment le pro-
grés d'un peuple dans la civilisation. Ainsi, l'État est fils de
la science ; peut-on conclure de là qu'il en soit le juge? il est
évident que non. Tout au contraire, c'est l'État qui doit
être jugé et réprimandé par la science qui esl sa mère.
   D'ailleurs, nous avons vu que la science, par son essence
même, est libre, indépendante de toute autorité, ne recon-
naissant d'autres lois que celle des faits. La science ne re-
connaît point de juge, pas même l'Académie qui se trompe
quelquefois; donc elle ne peut reconnaître l'État pour juge.
ceci posé, tout monopole au sujet de la science, sous quel pré-
texte que ce soit, est une injustice fondamentale.
   On dira : mais n'y a-t-il pas un grand danger à laisser l'en-
seignement de la science entre toutes les mains? Eh! quel
danger donc y voyez-vous? avez-vous peur, par hasard, que