Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                DE LA PHILOSOPHIE FRANÇAISE.               465

sur tous les astres, sur toute la matière; ainsi la loi fondamen-
tale de la morale agit sur toutes les nations bien connues (1). »
Donc Voltaire, tout en proscrivant les idées innées, pro-
clame, comme Malebranche et Fénelon, une raison univer-
selle et divine éclairant tous les hommes, et leur découvrant
à tous, dans tous les temps et dans tous les lieux, les mê-
mes principes de justice et de morale.
    Voltaire n'est point le seul des libres penseurs du XVIIIe
siècle qui se rattache ainsi à la philosophie du XVIIe. La
môme doctrine est contenue dans le premier chapitre de YEs-
prit des Lois. « Avant qu'il y eût des lois faites, dit Montes-
quieu, il y avait des rapports de justice possibles. Dire qu'il
n'y a rien de juste ni d'injuste que ce qu'ordonnent les lois
positives, c'est dire qu'avant qu'on eût tracé le cercle, tous
les rayons n'étaient pas égaux. Il faut donc avouer des rap-
ports d'équité antérieurs à la loi qui les établit. » Qui ne se
rappelle quelques-unes de ces admirables pages où Rousseau
proteste contre la morale de l'intérêt et du plaisir, où il pro-
 clame et invoque cette loi absolue de l'honnêteté et du devoir
 révélée par la conscience. Dans son tableau d'une Esquisse
 historique des progrès de Vesprit Humain, Condorcet s'appuie
 sur ces lois universelles et nécessaires de la justice ; il en dé-
 duit ces droits imprescriptibles et sacrés de l'humanité, dont
 il eut l'honneur de défendre intrépidement la cause, non seu-
 lement dans la spéculation et dans les livres, mais dans la po-
 litique pratique et dans les assemblées nationales de la révo-
 lution. C'est surtout, Messieurs, dans les ouvrages et dans la
 vie de Condorcet qu'est visible le passage de la théorie phi-
  losophique aux applications sociales et politiques. Avoir abouti
  à la déclaration des droits de l'homme, à cette magnifique
  formule : liberté, égalité et fraternité, toujours vraie, tou-

   (i) Le Philosophe ignorant, chap. 36,
                                                     30