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76 THÉÂTRES. Une autre question, celle des abonnements, est venu ajou- ter encore son ferment aux passions déchaînées. Pourtant, il faut le dire, les abonnements sont tout à fait facultatifs de la part du directeur. Il peut les relirer, comme il peut les donner. Le public n'a pas le droit de les exiger. L'abonné, selon nous, c'est la ruine de l'art dramalique, c'est la perte des artistes. Il n'y a pas de public pire que celui-là : il n'é- coute que la première représentation d'un ouvrage, il siffle les autres; il n'aime que les nouveaux visages; il vient au Illettré par économie, par habitude!... il apporte avec lui son dégoût de toutes choses, heureux quand il n'arrive pas avec de petites passions, un étroit esprit de coterie, une vengeance à exercer. Il est blasé, il bâille sur sa banquette, il bâille dans sa loge, il siffle par désœuvrement, il cause tout haut, il parle politique et affaires, il pose sans cesse, il lorgne sa voisine avec une jumelle et se croit tout permis, parce qu'il ne paye sa place que le prix de deux verres d'eau sucrée. Il s'ennuie régulièrement trois cents et quelques jours de l'an- née. Que voulez-vous, avec de tels habitués, que le théâtre devienne? Pour mettre fin à d'interminables débats, l'autorité, avant de rapporter son arrêté, s'est vu forcée de fermer les portes du Grand-Théâtre, et M. Fleury a été assez heureux pour les faire rouvrir aux artistes réunis en société, à l'effet d'exploi- ler à leurs risques et périls les chaleurs caniculaires et la mauvaise humeur d'un public irrité. M. Fleury a fait comme Fabius, il a gagné du temps, ce puissant remède à tant de choses. Un ballet nouveau, Ladij Henriette, fort bien monté par M. Barlholomin, le festival de Berlioz et les huit représenta- tions de Rachel, tels ont été les seuls éléments de succès en possession des aitisles en société. Ils ont rivalisé de zèle et d'efforts, el, la jeune Melpomène aidant, les appoinlcmenls