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                   MADEMOISELLE DE MAGLAND^                        425

lui , contre la misère et l'oisiveté, et le succès avait bientôt
couronné ses efforts ; de nouveaux travailleurs étaient accourus ; à
la place des chaumières s'élevaient des maisons d'une élégante pro-
preté ; on sentait que sous ces toils habitaient l'aisance et le bien-
être. La charrue avait fécondé les terres incultes, et des pampres
doraient les coteaux où croissaient autrefois les genêts et les bruyè-
res. Sara,de son côté, avait contribué à cette œuvre, en inspirant à
tous l'amour de l'ordre et du travail, et elle et son mari recueillaient
des bénédictions méritées.
    Tous ceux qui ont été admis chez les pasteurs protestants ont ad-
miré la réelle harmonie de calme, d'affection et de nobles qualités qui
règne dans ces intérieurs où semblent s'être réfugiées toutes les ver-
tus domestiques. Marie ne tarda pas à ressentir la douce influence de
cette vie tranquille et réglée qui avait fait son amie si heureuse ;
elle enviait la sérénité que Sara devait à la modestie de ses désirs.
 La famille et les hôtes du Pré-de-Vert ne se réunissaient qu'aux heures
des repas, et le soir, autour de la table du parloir; les femmes s'oc-
 cupaient de travaux d'aiguille, tandis qu'Auguste ou M. O'Kennelly
faisait quelque lecture , interrompue çà et là par les réflexions de
leurs auditeurs ; les discussions s'entamaient, les heures fuyaient
 et l'on se séparait après s'être serré la main. Souvent, quand tou
 le monde était retiré, Sara allait rejoindre Marie dans sa chambre
 et elles ne se quittaient que bien avant dans la nuit ; ce fut dans
une de ces causeries que Marie dit un soir à Sara : Racontez-moi
donc l'histoire de votre cœur. — Le bonheur n'a pas d'histoire, ma
chère enfant, répondit-elle, tous mesjours se ressemblent ; le récit de
 ma vie tiendrait tout entier dans une page de la vôtre ; il n'est guère
d'intérieur en province où ne se trouve quelque femme qui pourrait
 au besoin vous dire mon existence : c'est celle de tout le monde ;
j'ai suivi le chemin ouvert devant moi. J'ai rempli mesjours par
 le travail, et le travail m'a sauvée du danger de mes rêves. Avant
 mon mariage, j'ai eu aussi mes tristesses et mes découragements ;
 bien souvent j'ai pleuré sans sujet quand la lune argentait nos
 montagnes et nos vallées où le rossignol chantait, mais je pensais
 bien vite aux devoirs que j'avais à remplir le lendemain, et, en re-
  prenant mon fardeau, il me semblait plus léger que la veille ; je