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390 DIJON. je ne vois pas à Dijon d'hommes vraiment littéraires. Ce qu'il y a essentiellement dans cette ville, c'est de l'esprit et du goût, c'est un jargon d'art et de littérature qui en impose aux étran- gers. Il existe en ce pays, où l'on se targue de l'amour des arts, une société des Amis-des-Arts qui ne peut pas vivre faute d'encouragements el d'argent; il existe des journaux, mais ces journaux révèlent, le talent de critiques éclairés, de spectateurs judicieux de la révolution poétique, de conteurs aimables ce n'est pas là une littérature. Le théâtre de Dijon est de dernier ordre ; cette ville ne participe qu'en pa- roles à ce mouvement général d'idées qui se fait en ce moment de par nos grands centres provinciaux. Croirait-on que Dijon, qui a une si grande renommée littéraire, n'a jamais vu naître dans son sein une statistique du département dont elle est le chef-lieu, et qu'un annuaire du département, commencé sous la Restauration, n'a pu s'y soutenir? C'est donc, sous le rap- port de la production, un centre presque absolument nul. Un art, pourtant, y a acquis un large développement, qui n'est en harmonie avec aucun autre progrès local, je veux parler de l'écriture sur pierre et des illustrations lithographiques. A Lyon on fait des livres, on bâtit ou on restaure des monu- ments ; à Dijon on fait des lithographies.—Toute la diffé- rence qui existe entre l'esprit public et le caractère de ces deux villes, est dans ce rapprochement. L'ancien proverbe : Que fait-on à Dijon? — R. On y sonne et on y médit fut juste et est encore applicable. On y sonne beaucoup moins que jadis, sans doute ; mais on y sonne beaucoup, et on continue à y causer plus qu'ailleurs et mieux qu'ailleurs, avec une malicieuse finesse. L'ironie joue un grand rôle dans les mœurs dijonnaises. Les rues de Dijon sont belles , larges , aérées , salubres. Tout en elles annonce une ville de riches désœuvrés, habitée par des mœurs élégantes, faciles, polies, amies de la repré-