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DIJON. 391 senlation et de la mode, un peu théâtrales, aimant les loisirs plutôt que le négoce, avides de plaisirs, de jouissances indi- viduelles, vaniteuses surtout, voulant avoir de l'espace, de beaux et vastes abris. Vous y voyez un nombre immense d'hôtels, dont plusieurs enfants estimés de la renaissance et de la fin du XVe siècle, des XVIIe et XVIIIe siècles ; mais l'hôtel à la façon du siècle de Louis XIV et l'hôtel à la Louis XV y prédominent. — A Dijon, les sentiments de personnes, l'individualisme prirent un prodigieux essor dans les deux derniers siècles, et toutes ces demeures l'annoncent. L'aristocratie coule ici à pleins bords. Tous ces manoirs faits pour des hommes de parlement, pour des intendants ou des trésoriers de Bourgogne, pour des gens d'église, ne sont plus occupés que par des hommes riches, dont plusieurs déplorent la hauteur de leurs appartements, la largeur de leurs fenêtres, l'incommodité de leurs cheminées. A Lyon, l'entassement des ménages dans des maisons communes, l'absence complète d'individualisme dans le citoyen, ne tient pas seulement à des raisons d'espace et d'industrie : croyez-le bien, il y a là tra- dition du moyen-âge, vieil esprit communal, vieille habi- tude de faire disparaître l'individu dans la communauté, c'est cet esprit qui a sauvé la nationalité lyonnaise, en ces jours où s'effacent toutes les nationalités particulières de villes et de provinces. — Il y a toutefois encore à Dijon, de ces gens de la vieille roche qui laissent le siècle expirer à leur perron ; mais de jour en jour ils deviennent plus rares. Les grands hôtels entre cour et jardin, ces significations si réelles de l'existence large, commode, développée, sont vendus, divisés, convertis en boutiques qui se prosternent aux genoux des passants. L'église autrefois abbatiale et aujourd'hui cathé- drale de St-Bénigne est un vaisseau exigu, d'une apparence remarquable, qui promet infiniment plus qu'il ne tient et est couronnée d'une flèche hardie, assez misérable comme ou-