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206 CHEMIN DE FEK productif que ses ports, de plus attrayant que ses rives? L'idée de transborder une ville de deux cent mille âmes par delà tous ses fleuves, par delà tous ses aboutissants; de la porter aux limites extrêmes du département dont elle est la capitale ; d'y établir un nouveau foyer d'irradiation vitale, attribut du cÅ“ur; de la tourner vers une frontière hérissée de montagnes et de baïonnettes; de la livrer aux bombarde- ments, pendant qu'on y dépense trente millions pour la pré- server de tels malheurs, — car voilà le point dominant de la question militaire, — cette idée n'aurait rien d'alarmant si les projets les moins raisonnables n'étaient pas assurés toujours de rencontrer et des admirateurs, et des intéressés, et des dupes ! Vers la fin du siècle dernier, des hommes de beaucoup d'esprit conçurent la pensée de combler avec des millions en- fouis le double port qui alors était dans Lyon même, sous les remparts d'Ainay. Qu'arriva-l-il ? qu'ils réalisèrent cette pen- sée déplorable ; qu'ils trouvèrent toute une cité émerveillée de travaux qui devaient bientôt obliger ses barques à faire près de deux lieues d'une navigation difficile pour passer d'un fleuve à l'autre, là même où leurs eaux naguère étaient unies, et dans un temps où les plages heureuses se partageaient les richesses du monde. Si ce magnifique rendez-vous, que la création avait assigné à toutes les voies de transport que peut inventer l'esprit de progrès, a été le théâtre d'une insigne folie, faudra-t-il craindre que la même fatalité qui s'attache souvent aux mêmes circonstances, ne lui fasse subir les con- séquences d'une folie pareille, au moment où la réparation se montrait facile, alors qu'un port d'invention nouvelle s'of- frait à réunir ce que la main de l'homme a si pitoyablement divisé? La vérité peut convaincre, sans doute, mais une et simple, elle n'a pas reçu le don de séduire; ce prestige au- trement puissant a été donné à l'erreur aux mille solutions, Ã