page suivante »
MADEMOISELLE DE MAGLAND. 155 pouvaient à peine le contenir; il semblait, à chaque instant, tout prêt à s'échapper de leurs mains. A cette vue, Marie jetta un cri de joie, et se jetta au col de l'aimable vieillard, dans cet instant presque aussi heureux qu'elle, et, s'élançant en courant hors du salon, elle fut d'un bond dans la cour. Saisir de sa main si fine et si mignonne les rênes de soie, se pencher, souple et gracieuse, de chaque côté de la tête du bel animal dont l'œil étincelait, serrer elle-même la gourmette d'argent fut l'affaire d'une minute ; puis, s'élançant seule sur la selle: lâchez ! dit-elle d'une voix ferme aux palfreniers. Très fin, très ardent, le fier coursier se mit d'abord à piaffer sur place ; sauts de côté, pointes, ruades, il n'épargna rien ; Marie ne fut pas même déplacée. Elle va se tuer ! s'écria Raoul, en s'élançant dans la cour où M. de Blossac le suivit, tandis que tous les spectateurs, sous le poids de cette impression de terreur et d'admiration, qu'une action audacieuse fait toujours naître, res- taient immobiles et silencieux. Au bout de quelques minutes, quand Marie eût prouvé au bel animal qu'elle avait droit au commandement, il devint docile tout- à -coup. Sollicité par une main adroite, il parcourut l'avenue tantôt au galop, tantôt au trot, déployant toutes les grâces de son allure, à la grande joie de l'habile éeuyère qui, après un quart d'heure d'é- volutions de tous genres, le ramena blanc d'écume au château, où toute la société aux fenêtres, applaudissait à son intrépide adresse. Raoul et M. de Blossac s'avancèrent pour l'aider à mettre pied à terre, mais, jetant la bride à un domestique, elle sauta lestement à bas de son cheval qu'elle ne pouvait se lasser d'admirer. Le bel animal ! répétait-elle à chaque instant. Mon oncle, comment s'ap- pelle-t-il, criat-elleà M. de Malviguane, qui la contemplait de la fe- nêtre souriant et heureux?—Le Cid, ma chère enfant. —Ah! qu'il est bien nommé! Vous l'essayerez demain, M. Baudéant ; vous aussi, M. Auguste, vous verrez comme il a le trot doux! — Tout ceci se disait en retournant au salon. Avant d'y arriver, M. de Blossac prit les devants, laissant Raoul seul avec Marie. Ne me per- mettrez-vous pas de vous offrir aussi mon bouquet, lui dit-il, à voix basse? Et, pressant ses mains dans les siennes, il y laissa un de ces rares anueaux d'or de Gorée, dont le travail défierait nos