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                    MADEMOISELLE DE MAGLAND.                          6T
 destinée à rappeller la défaite des Savoyards, lorsqu'en 1662, au
 mépris du traité de Vervins et de Lyon conclu entre Henri IV et le
 duc de Savoie, ils tentèrent de s'emparer de la ville par surprise.
Dans la nuit du 11 au 12 décembre, les troupes d'Emmanuel Phili-
bert qui se composaient de 2,000 hommes de cavalerie et d'infanterie,
sous le commandement du sire d'Albigny, s'avancèrent vers la porte
de la Monnaie que le syndic de la garde, avec lequel ils étaient d'intel-
ligence, avait promis de leur livrer. Une troupe de canards qui s'é-
battaient dans les fossés leur firent prendre la fuite: les oies ont
bien sauvé le Capitole ! lis revinrent pourtant à la charge et plusieurs
avaient déjà pénétré dans la ville, quand une sentinelle donna l'a-
larme. Aussitôt le tocsin sonna, les bourgeois s'armèrent,et l'ennemi,
obligé de fuir, laissa au pouvoir des Genevois treize prisonniers qui
furent condamnés à mort et exécutés le lendemain; on célébra cette
victoire par des réjouissances publiques. Théodore de Bèze, très âgé
alors, ne pouvant plus monter en chaire, fit chanter dans toutes les
églises le psaumeCXXlV : Israël, si avec nous tu n'avais point été,
qu'on chante encore pour cet anniversaire. On conserve à l'arsenal
de Genève les cuirasses, les armes, les échelles et tous les engins
de guerre que les Savoyards abandonnèrent en fuyant. On y montre
aussi un pot de fer, espèce de marmite avec lequel une femme tua
un capitaine Savoyard, en le lui jetant sur la têle plein d'un potage
au riz. Ce mets est de tradition depuis lors pour ceux qui tiennent à
célébrer scrupuleusemet cet événement mémorable.
   Mr et M l l e de Magland viennent rarement à Hauterive, plus ra-
rement encore M me de la Rochemarqué va au Genêt ; il n'a fallu
rien moins que son respect pour les vieux usages, de quelque pays
qu'ils soient, pour qu'elle accepta l'invitation que Mr de Magland
lui a faite hier de venir, le jour de l'Escalade, au Genêt.où se réuni-"
ront plusieurs familles des environs. Une seule manquera, que tout
le monde ici aime et regrette, c'est celle de M. O'Kennely, le mi-
nistre du lieu, homme fort instruit, fort aimable, d'un commerce
sûr, dont il paraît que Raoul a fait, au grand dépit de sa mère, son
ami et son conseil. Plus d'une fois, sans s'en douter, M m e de la Roche-
marqué a dû à son influeuce une soumission et une obéissance dont
Raoul commence à se lasser. Cadet d'une famille écossaise, et destiné