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66 MADEMOISELLE DE MÂGLAKI). nier grief qui, dans les habitudes si parfaitement élégantes de Bau- déant, devait être quelque chose de monstrueux, je fus pris d'un accès de folle gaîté que Raoul ne put s'empêcher de partager. Nous suivions alors un sentier qui aboutissait à une allée qui rejoignait la grande route. A peine y avions-nous fait quelques pas, que Mlle Alix s'offrit à nos regards ; elle était suivie d'une domestique por- tant deux énormes volumes qu'à leur format je devinai devoir êlre une Bible ou quelque chose d'approchant. —Avouez, messieurs, dit-elle, que vous médisiez de quelqu'un ou de quelque chose, quand j'ai si maladroitement troublé vosjoyeux rires?—Un peu ému d'abord par lacrainte qu'elle eût entendu quelques mots de notre con versât ion, je me remis bientôt de la surprise que m'avait causé sa présence inat- tendue. — Par quel hasard avons-nous le plaisir de vous rencontrer ici, lui demandais-je, afin d'éviter de répondre à son interrogation et pour donner à Raoul le temps de reprendre contenance. —Je viens d'Hauterive, répondit-elle ; Mme de la Rochemarqué avait eu l'ex- trême bonté de me promettre qu'elle me prêterait l'histoire d'un saint de sa chère Bretagne, et je n'ai pu résister au désir de l'avoir de suite. — Il y avait tant de tranquillité dans sa contenance, tant de douceur dans sa voix et dans son regard que, tout-à -fait rassuré, je repris bien vite mon aplomb. Alors commença entre elle et moi une de ces guerres d'escarmouche où je la laisse aussi contente d'elle que j'en sors fier de moi. Certes, je suis loin d'avoir sondé tous les dé- tours de ce singulier caractère, mais à coup sûr il ne m'en impose- ra plus. Ce serait, je crois, une étude fort curieuse que de chercher à deviner, à travers toutes les mesquines ambiguïtés dont elle s'en- veloppe, les motifs de sa conduite qui, dans maintes circonstances, m'a semblé bizarre, pour ne rien dire de plus. J'essayerai.Tu vois, mon cher Charles, que le danger que tu redoutais pour moi n'existe plus : on ne saurait aimer ce qui est haïssable, s'il en était autre- ment le mal serait incurable. Le jour de naissance de Mlle de Magland doit être célébré au Genêt le 12 de ce mois. C'est aussi l'aDniversaire d'une fête natio- nale qu'on observe à Genève très religieusement. Comme il es1 possible, quelque savant que tu sois en histoire, que tu ne saches pas ce que c'est que l'Escalade, je vais te l'apprendre : cette fête est