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    62                 MADEMOISELLE DE MAGLAND.
    êtes, dit-il avec cet accent particulier qui n'est compris que du cœur
    qu'il trouble et qu'il remue, et qui donne une valeur immense aux
    paroles les plus ordinaires. Il sembla à Marie que c'était la pre •
    mière fois que celte voix émue résonnait à son oreille ; elle frisson»
    de joie, d'orgueil et d'amour. Raoul était un de ces hommes dont la
    séduction toute puissanle consiste surtout dans cette réserve qui no
    dit rien et laisse tout deviner ; jamais ses paroles n'avaient un sons
    passionné, mais son regard donnait uue ame au discours le plus in-
    différent. Epiant son regard, étudiant son trouble, il prit une main
    de Marie dans les siennes, Marie tressaillit, et, lorsqu'elle osa lever
    les yeux sur lui, leurs âmes s'étaient entendues. Au milieu du secret
     enchantement de leur cœur, ils auraient craint de gâter leur bonheur
     en ajoutant un mot, une sensation, à l'extase qui les enivrait de son
     charme.
        A dater de cet instant, leur vie s'écoula dans ces longs ravissements,
     qui jettent de si brillantes couleurs sur les beaux jours de la jeunesse.
     Chaque soleil ramenait le bonheur de la veille. Qu'il était doux au
      milieu des parfums, des murmures qui montent de cette terre au
     ciel comme des flots d'encens, de mêler un hymne d'amour aux con-
     certs de la création, si grands, si splendides dans cette contrée for-
     lunée! Ailleurs, c'est la vie qui, telle quelle est, ne suffit pas aux
     facultés de l'âme; là, ce sont les facultés de l'âme qui ne suffisent pas
     à la vie.
        M. de Magland, heureux de leur bonheur, promit à Raoul la main
      de Marie; bientôt ils revinrent en France. Ce fut avec joie qu'ils
      revirent les lieux témoins de leur affection enfantine ;ils leur rappel-
      aient tous une épisode de leur vie, une larme, une joie, seulement
      une pensée ; mais bientôt leur sérénité fut troublée par l'excessive
      répugnance avec laquelle Mme de la Rochemarqué accueillit les pro-
     jets de son fils. L'éducation que Marie avait reçue de son père lui
      avait toujours paru si complètement ridicule, que jamais l'idée ne lui
      serait venue que son fils pût songer à elle. Quand il lui avoua son
      amour, ses projets, elle éprouva un chagrin si vif et si profond que
      Raoul n'osa plus la presser; lorsqu'il lui parlait des qualités,des talents
      de Marie, elle répondait : «Je ne fais aucun cas des talents qui détour-
      nent une femme de ses véritables devoirs ; il y a des musiciens, des




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