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                   LES FRÈRES TAILLEURS DE LYON.                          125

   Une cour placée entre les deux allées, débouchant sur les
deux rues susdites, permet de faire quelques observations sur
le style de cette construction et de la faire remonter à la fin du
xvie siècle, époque antérieure à l'établissement des frères
tailleurs, qui ont dû constituer leur société à Lyon beaucoup plus
tard. Aiosi cette maison, acquise et non construite par eux, fut
probablement un des deux immeubles au sujet desquels les cha-
noines de Saint-Jean, en 1762, intentèrent aux frères tailleurs
un procès dont je parlerai plus loin.
   Voici l'origine de cette confrérie peu connue : Michel Buch,
surnommé le bon Henri, était fils de pauvres artisans, demeurant
à Arlon, duché de Luxembourg, fl avait appris Je métier de cor-
donnier, et il s'appliqua à prendre pour modèle saint Crépin
et saint Crépinien, patrons des gens de son métier (1). 11 débuta
en donnant de bons exemples aux ouvriers de sa corporation,
et en cherchant à les diriger dans une voie religieuse. Trouvant


   (1) Sous le règne des empereurs Dioctétien et Maximien, la persécution
contre les chrétiens atteignit le suprême degré de la barbarie. Crépin et
Crépinien, appartenant à la noblesse romaine et fervents disciples du
Christ, résolurent de passer dans les Gaules, afin de raviver la foi des ha-
bitants de ce pays, soumis à toutes les cruautés du régime persécuteur.
Ils allèrent donc s'établir à Soissons, et dans le but de dérouter la tyrannie
du paganisme, ils apprirent et exercèrent le métier de cordonniers. Cette
industrie fructifia dans leurs mains et ils eurent un grand nombre de
commandes. Us profitèrent donc de l'occasion pour faire de la propagande
leligieuse auprès de leurs clients ; mais ayant été dénoncés , ils subirent
un affreux supplice : on leur enfonça des pointes de fer dans la chair et à
l'extrémité des ongles, et leur peau fut débitée en lanières. Le préfetRic-
tiovarus, qui avait ordonné ces cruautés, n'obtenant aucune rétractation,
fut, d'après la légende, saisi d'une folie furieuse, et, poussé par le démon,
il se précipita lui-même dans le feu. Les cordonniers de Rome choisirent
ces deux martyrs pour patrons, et leur élevèrent une chapelle dans le
quartier du Transtevere.
   Otlavio, Panciroli Tesori nascosti dell'alma città di Roma.
   — Fleury, Hist. ecclés. T. 2, p. 409. Paris, 1720.—Baronius. Annal,
ccclés. ann. 303.