Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
328         UN ÀNGLiUS OUI PENSAIT PROFONDÉMENT.

versait un de ces flacons portatifs enfermés dans un étui de plak-
fund dont tout Anglais est invariablement muni en voyage. Ces
messieurs sont en cela de l'ordre de l'ancien curé de Meudon qu1
ne marchait jamais sans son bréviaire. Or, le bréviaire de Rabe-
lais appartenait au même rituel que celui du vieil ermite dont
parle Bachaumont :
      Le bonhomme à ces mots embrassa son bréviaire
      Et s'y reconforta d'un doigt de vulnéraire.

   La conversation s'engagea enfin progressivement ; elle ne tarda
pas à devenir générale et s'établit sur un ton de bienveillance ré-
ciproque.
    Les deux Genevois parlaient anglais, ce qui les mit plus parti-
culièrement en rapport avec notre compagnon d'outre-Manche.
   Nous sûmes bientôt que ce dernier se nommait Jobsthon. Il
était neveu d'un riche fabricant de quincaillerie de Birmingham,
dont il venait de recueillir la succession. Elevé auprès de cet
oncle et intéressé dans son commerce, il n'avait jamais quitte
l'Angleterre. Il voyait donc le continent pour la première fois.
 et le but de son voyage était de se mettre personnellement en
 rapport avec les correspondants de la maison desnt il était devenu
 le chef, correspondants fort nombreux eu Italie. C'était un bon-
homme, tout d'une pièce, et qui n'avait de terrible que le mas-
que. Montaigne dit : Les voyages sont utiles pour frotter et limer
notre cervelle contre celle des autres. Anglais pur sang et n'ayant
jamais frotté ses aspérités britanniques à rien qui pût les émous-
ser, M. Jobsthon était très-consciencieusement convaincu de la
 supériorité de la nature anglaise sur les autres races humiines
du globe, et professait,, à l'égard de la France en particulier, la
somme complète des grossières et burlesques préventions dont
aime à se nourrir à notre endroit l'ignorant et brutal orgueil de
John Bull.
  Il admirait le vainqueur d'Austerlilz et eût payé fort cher la
moindre de ses reliques , mais sous cette réserve expresse que si
Napoléon fut le plus grand capitaine qu'ait produit la France,
Wellington reste le plus grand qu'ait produit le monde. Pour lui,