Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                ÉTUBE SDR LE PATOIS LYONNAIS,                   491
molle Ionie, avec ses articles traînards, sa mignardise af-
fectée, ses inversions prétentieusees, ses hiatus sans fin,
qui lui donnent quelque chose du prestidigitateur exécu-
tant de perpétuels escamotages, ne m'a jamais fait l'effet
d'une langue propre à faire retentir d'éclats nerveux la tri-
bune aux harangues. Ce n'est plus l'ampleur du grec, en-
core moins l'os magna sonaturum des Latins. Ce n'est plus
le jour, hélas ! mais c'est le réveil et comme le chant de la
diane, qui va nous arracher au sommeil de cette longue et
sombre nuit que répandit sur le monde le moyen âge.
On voit qu'elle a été créée et mise au monde par les trou-
badours, s'en allant, de château en château, chantant des
 ballades et des lais d'amour.
  Quant à l'allemand, n'en déplaise à ses prétentions
orientalistes, qui lui donnent pour père le sanscrit; en dé-
pit de sa formation savante et de ses doublements de mots
à la grecque, je ne pense pas qu'il soit de nature à nous
consoler de la perte, comme langue usuelle, du latin ; pas
plus que nos langues néo-latines, filles émancipées d'une
mère qu'elles n'ont pu faire oublier, n'ont la prétention
de se poser, à leur tour, en langue-mère. Ce n'est pas à elles,
du moins qu'on pourrait appliquer ce vers du régulateur
du Parnasse :
                  0 matrc pulehrâfiliapulehriorl

  Ce qui distingue une langue de premier ordre, c'est sa per-
fection, qui lui donne en quelque sorte une origine divine (l);
or la perfection d'une langue consiste surtout dans la
concision, la netteté, la précision, la régularité. Pas plus
qu'on ne retrouve dans l'enfant boudeur et espiègle, la mère
ravissante de grâce allaitant son nourrisson, il faut bien se
garder de confondre une langue-mère avec une langue pri-


    (1) Formatis igitur Dominus Deus cunctis animantibus, adduxit eos
 ad Adam ut videret quid vocaret ea. Omne enim quod vocavitAdam anima;
 viventis, ipsum est nomen ejus (Gen. II, 19.)