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        UN ANGLAIS QUI PENSAIT PROFONDÉMENT

                              SUITE (1)




   .Nos effets étaient chargés depuis longtemps, les chevaux atte -
 lés ; et, le repas terminé, il ne nous restait qu'à monter en voi-
 ture. L'Anglais s'y installa le premier avec toute l'intelligence
 et tout l'égoïsme du confortable britannique et en homme qui n'a
d'autre souci que celui de ses propres aises.
    Nous cheminâmes silencieusement pendant la première heure.
C'est à peu près le temps nécessaire au tassement qui s'opère
parmi les voyageurs pressés dans un intérieur de voiture et à
l'étude que chacun a besoin de faire de ses à côtés pour s'accom-
moder en conséquence. Le capucin, d'ailleurs, lisait son bré-
viaire ; le sous-lieutenant fumait une cigarette, la tête à la por-
tière ,• l'un des Genevois étudiait le bulletin de la bourse dans
Y Echo du Commerce, l'autre interrogeait son carnet et y dépo-
sait des chiffres •, je feuilletais, de mon côté, le Guide en Savoie
et en Piémont dont j'avais fait empiète le matin même, livre émi-
nemment conservateur, dans lequel les portes de Turin , rasées
depuis quelque soixante ans, n'en continuent pas moins, en dépit
des révolutions, à mériter l'admiration des voyageurs par leur
belle architecture et les remarquables statues dont elles sont ornées
(sic).
    L'Anglais digérait et, pour aider au travail de son estomac, il
lui envoyait, de cinq minutes en cinq minutes, un couple de ces
pastilles incendiaires à la menthe et à la canelle concentrées, que
les pharmacopoles de Loridres ont inventées à l'usage des consti-
tutions indigènes , et auprès desquelles les diavolini de Naples,
tant accusés , ne sont que de fades et innocents bonbons. Il les
accompagnait de temps en temps d'une gorgée de rhum que. lui

  (1) Voir la précédente livraison.