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-18 BlilUOCRAPHlR. la puissance conduisent les fam lies, les institutions, les nations elles-mêmes. Un souffle ardent d'ascétisme avait protesté contre la richesse et l'influence de Cluny , contre la tiédeur dont plusieurs maisons de l'Ordre semblaient atteintes. Citeaux fut le résultat de cette protestation, œuvre grande encore, qui eut la prétention de raffermir l'institution sur la base étroite de la pau- vreté, de rendre à la règle de saint Benoît toute son autorité primitive et d'obliger les disciples à se procurer par le travail de leurs mains les objets les plus indispensables à la vie. Telle fut la réforme dont saint Bernard fut l'ardent promoteur. Cet illustre champion du cénobitisme se fit l'adversaire de Ciuny; iî l'attaqua dans ses pratiques, dans ses observances, jusque dans le luxe de son architecture, dans la richesse de ses vases sacrés. Ses éloquentes et véhémentes satires ont quelque chose de l'accent de Calvin quand il déclame contre l'Eglise de Rome ; il n'est aucun de ses arguments que les protestants n'aient employés depuis contre tout ce qu'ils ont appelé la grande prostituée. Cîteaux, en effet, était l'opposé de Cluny. Tout y respirait la pensée du dépouillement, de la pénitence, de la mort. L'art cistercien proscrivait toute ornementation; pas de vitraux peints, point de tableaux ; des piliers lourds et massifs : le style roman dans ce qu'il y a de plus austère. Même sévérité dans le culte et les cérémonies ; la beauté des chants clunisiens est repoussée comme lascive; le chant, d'après l'école de Cî- teaux, n'est pas fait pour plaire aux oreilles de l'homme, mais pour être l'expression de ses misères. — Les vêtements d'église sont sans ornements, l'or et la soie y sont interdits ; point de croix d'or ni d'argent; on ne se servait que de croix de bois, de chandeliers de fer. Les manuscrits,que Cluny ornait de pierres précieuses, de fermoirs d'or et d'argent, Cîteaux les reliait gros- sièrement avec des peaux de sanglier recouvertes de leurs poils. Il en proscrivait les miniatures et les lettres ornées. — Les dia- tribes de saint Bernard contre la richesse de Cluny ont, il faut le dire, quelque chose de violent et de forcé qui ne peut sé- duire que les esp'rits absolus. Les tribuns, les sectaires de toutes les écoles les ont répétées et les répètent encore.