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BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE, 343 cesse à une plus parfaite beauté, cet exemple, disons-nous, justifié par le succès, ne sera pas perdu. Il est difficile aujourd'hui de louer un poêle. Toutes les expressions laudatives ont été tellement prodiguées par la cama- raderie ou par une critique vénale à l'occasion des plus tristes et des plus malencontreux ouvrages, qu'elles ont perdu toute valeur. A moins de jeter en avant le sublime et le divin, on n'a rien dit. Nous ne louerons donc pas M. Canonge; nous aimons mieux faire connaître son livre et caractériser le genre de talent qui lui est propre. Son recueil se compose de cinq parties où se classent les poèmes, les odes, les élégies, les idylles, les épitres. Chez M. Canonge, comme chez tous poètes de notre temps, c'est la poésie lyrique qui domine; non le lyrisme guindé et mythologique de nos grands pères, mais cet autre plus simple, plus vrai, plus intime, qui chanle les joies et les dou- leurs de l'âme. Or, c'est une âme distinguée, une âme pure et noble que celle où nous introduisent les vers de M. Canonge. Celte âme admire tout ce qui est beau, aime tout ce qui est saint, s'enthousiasme pour tout ce qui est grand. Plusieurs pièces sont adressées aux amis de l'auteur, à Silvio Pellico, à M. de Lamartine, à notre illustre et regretté Ballanche. Ces noms sont plus qu'une recommandation; ils donnent une idée exacte de celui qui les in- voque. Comme ses augustes patrons, M. Canonge a cherché surtout ses ins- pirations dans les idées religieuses, sa muse est principalement spirilualiste et chrétienne..Peul-être même ce spiritualisme est-il exagéré. Peut-être cetle prédominance de la pensée et du sentiment sur l'image, comme le dit l'auteur dans sa préface, va-t-il jusqu'à lui faire dédaigner un peu le mérite de la forme et de la couleur. Nous voudrions chez un poète plus d'éclat et de ri- chesse. Cette infériorité est compensée chez M. Canonge par une grande abondance d'idées touchantes, de sentiments tendres et délicats. En lisant ses vers, nous avons pensé plus d'une fois à ces saintes, à ces vierges dont les statuaires du moyen-âge ont semé le porche de nos vieilles églises. Leurs formes sont trop grêles et trop droites; leur taille, dessinée par les chastes plis de leur robe manque un peu d'ampleur et de mouvement, mais une pureté angélique rayonne sur leur front, et sur leurs lèvres qui prient respire la plus suave piété. Au reste M. Canonge se connaît et se juge. Ce n'est point la gloire qu'il cherche. Son ambition est moins mondaine. Dans une fort belle pièce, intitulée Abattement, Confiance (page 190), il se fait dire par la bouche de Dieu : Mon fils, que ta bouche ne s'ouvre Que pour instruire et consoler ! Et ne t'irrite pas si quelque ombre te couvre ;