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                   MÉMOIRE SUR L'ATLANTIDE.                   295

  des choses terrestres. A l'abri des atteintes de l'orgueil et de
  l'avarice, ils regardaient comme un poids lourd et pesant l'Or
  et les richesses. Les dons que la terre leur prodiguait deux
  fois chaque année ne les portaient à aucun excès : ils en
 usaient avec sobriété et pensaient sagement que le moyen de
 les rendre utiles et profitables était d'en user avec modéra-
 tion et de faire part amicalement aux autres du superflu,
 mais que s'ils attachaient à ces dons terrestres leur admiration
 et leur cœur, ils en pervertiraient bientôt l'usage et perdraient
 la vertu et cette douce concorde qui faisait leur bonheur.
     « Tant qu'ils conservèrent ces beaux sentiments et cette
 manière de penser digne des Dieux leurs ancêtres, leur puis-
 sance et leurs richesses ne firent que s'accroître. Mais, à la
 suite des temps, les vicissitudes des choses humaines cor-
rompirent peu à peu ces mœurs divines et ces heureuses ins-
 titutions : ils commencèrent à se conduire comme les autres
enfants des hommes, et, ne pouvant porter le poids du bon-
heur présent, ils déchurent honteusement. Ceux qui ju-
geaient sainement trouvaient déshonorant pour les Atlantes
de perdre ainsi le plus précieux de tous les biens. Ceux, au
contraire, qui ne connaissaient pas la voie sûre qui conduit
au bonheur, les proclamaient grands et heureux, en les
voyant suivre les conseils de l'ambition et chercher à dominer
par la violence.
     « Alors Jupiter, le maître des Dieux, le suprême régula-
teur de l'univers, dont la sagesse pèse les choses de ce
monde et les estime à leur juste valeur, voyant se dépraver
ainsi une race si noble, résolut de la punir, afin qu'appre-
nant par une triste expérience a modérer son ambition, elle
devint plus juste et moins orgueilleuse. 11 convoqua donc
le conseil des Dieux dans l'Olympe , dans ce lieu sublime
d'où, dominant sur la terre entière, ils voient toutes les gé-
nérations à leurs pieds, et il leur tint ce discours : »