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ICO MADEMOISELLE DE MAGLAND. d'argent plus précieux mille fois par le travail que par la matière. Une fois dans l'île, le général Bonaparte organisa l'intérieur ; garde nationale, administration, moyens d'attaque, de défense, tout fut arrêté et exécuté en huit jours. Tous les chevaliers durent quitter l'île. Il n'y eut d'excepté que ceux qui, par leur âge ou leurs infir- mités, étaient à l'abri de cet Ordre. Le Grand-Maître partit après une capitulation honteuse qui n'avait pas môme été précédée d'une résistance suffisante pour sauver l'honneur de Malte, abandonnant au vainqueur le trésor, les archives et même l'étendard de l'Ordre. Hompesch mourut à Montpellier en 1805, pauvre et oublié. La prise de l'île servait peu les desseins de Bonaparte, car, à peine se fut-il éloigné, en laissant au général Vaubois le commandement de la place, que les Anglais parurent et mirent le blocus devant le port, tandis que les Maltais de la campagne, irrités contre les Français, par les profanations de leurs églises, assiégeaient la ville du côté de la terre. Le général Vaubois, avec deux mille hommes seulement, se maintint deux ans dans la place, et encore ne la rendit-il qu'après avoir passé par toutes les horreurs de la famine, avoir épuisé ses der- nières munitions, et en conservant les honneurs de la guerre ; tan- dis que l'Ordre l'avait rendue le premier jour et presque sans coup férir! La destruction de l'Ordre a été un grand malheur pour les cadets des familles nombreuses. Dans la nôtre, on a compté jus- qu'à quatre-vingt-dix-sept cheveliers sur les listes des prieurés, tant à Rhodes qu'à Malte; on avait coutume dédire dans la langue de Provence, pour désigner les familles les plus fécondes en chevalier : Barras et Glandevez, Castellane et Pontevez, d'Alberlas et Malvi- gnano. — J'ai bien peur, ajouta M. de Malvignane en riant, d'avoir raconté tout cela bien des fois, et que cela ait duré chaque fois plus longtemps que le siège soutenu parle Grand-Maître, heureusement qu'ici il n'y aura eu personne d'assommé.... que les auditeurs. — Je croyais, dit Raoul, que l'Ordre subsistait toujours quelque part, en Italie ou en Sicile ; nous avons connu, si tu t'en souviens, Auguste, un tout jeune chevalier de Malte, qui compromettait assez volon- tiers quelque peu sa gravité dans les émeutes parisiennes, où tu ne manquais guère alors de faire ta partie. — Comment, Monsieur, vous vous êtes mêlé à ces odieux républicains, s'écria M. de Malvi-