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                       ODES ET POÈMiiS.                      379

monté, allée et fervente, à la source de de tous les êtres, vers
Dieu. Mais jamais l'infini n'a pris, comme dans l'Å“uvre de
M. de Laprade , aussi explicitement possession de la poésie.
Est-il étonnant après cela que le reproche de panthéisme ait
été vaguement murmuré ? Où donc ceux qui font profession de
pourchasser le panthéisme ne l'ont-ils pas découvert? Notre in-
tention n'est pas de toucher, même en passant, cette question,
qui est bien de celles qu'on nomme brûlantes, ce serait empié-
ter sur le domaine sacré de nos SS. les archevêques et évoques,
et nous sommes trop respectueux pour nous rendre coupa-
ble d'une pareille usurpation. Il nous suffira de dire, qu'une
fois admise la distinction de Dieu, de l'homme et du monde
le panthéisme n'est plus possible. Les efforts de la pensée
philosophique de notre siècle n'ont pas tant cherché à identi-
fier ces trois termes dans un seul qu'à expliquer leur rapport
et à se rendre compte de l'intervalle qui les sépare.
   Or, les savants et les artistes ont, de tout temps, en France,
professé la doctrine d'une séparation tellement profonde, telle-
ment nette entre ces trois termes, que les liens entre l'homme,
Dieu et le monde ont été très relâchés, et quelquefois presque
supprimés. La poésie et la philosophie tendent aujourd'hui à
resserrer ces rapports, et il est aisé de comprendre combien ce
travail d'intime rapprochement entre le créateur et son œuvre
est naturel à une époque où s'est produite la conception d'une
unité vivante qui embrasse tous les individus sous le nom
d'Humanité.
   Le XVII e et le XVIIIe siècle avaient adopté une comparai-
son qui exprimait clairement leur manière de comprendre
Dieu et le monde. C'est la fameuse comparaison de l'horloge.
La science démontrait avec beaucoup de sagacité, surtout au
point de vue de l'utile, l'ingénieux mécanisme de l'univers
et elle concluait de l'existence de l'horloge à l'existence de
l'horloger. Mais, dans ce système, le monde était quelque