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378 ODES ET POÈMES. cher ce fond des choses. Elle est une vision où, à une certaine hauteur, la philosophie rencontre la poésie. La poésie y monte d'un bond, la philosophie par échelons, l'une par la synthèse, l'autre par l'analyse. Mais la vision est commune à toutes deux. La poésie, en un mot, c'est delà métaphysique concrète, delà métaphysique resplendissante. Que penser donc de ceux qui refusent aux poètes, à ceux qu'on a appelés les voyants par excellence , le droit d'avoir celte vision de l'inconnu, de pénétrer dans le sanctuaire de l'idéal par l'échappée de la mélaphysique, de nos jours sur- tout où la poésie incline déjà visiblement au dogmatisme. Si la mélaphysique est jamais nécessaire aux poètes, c'est lorsqu'ils ne sont plus les interprètes d'une religion positive. Comment sans elle aborderont-ils l'infini, Dieu, l'éternel objet de l'émulation de l'homme? comment sans elle seront- ils religieux ? N'est-ce pas avec les ailes de la métaphysique qu'ils pourront s'élever aux plus hautes régions de la pensée, allant de Dieu à l'homme et de l'homme à la nature ; et r e - marquons en passant que la métaphysique ne se contente pas seulement d'aspiration mais qu'elle affirme. Quand Platon chassait les poètes de sa république, c'est qu'il les considérait comme de simples imitateurs condamnés à rester éternellement au dessous de leurs modèles. S'il leur eût reconnu le droit de planer dans le monde des idées, il au- rait rétracté son arrêt; ce droit, ils le possèdent. Personne ne peut plus aujourd'hui voir dans le poète seulement un artiste occupé de l'extérieur des choses, employant son imagination à revêtir d'une couche d'or la pensée d'autrui, comme par une sorte de galvanoplastie morale. Accoutumé à percevoir l'idéal par la métaphysique, M. de Laprade en a imprégné sa poésie. L'infini transpire à travers son œuvre. Le spiritualisme moderne a sans doute été fertile en ardentes aspirations; bien souvent l'effusion lyrique a