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DE SAINT IRÉNÉE. 163 qui est le huitième évêqiie de sa famille, lui qui a vécu soixante-cinq ans dans le service de Dieu, ce ne sera pas lui qui cédera, non plus que les pontifes que Victor avait jugé à propos de faire convoquer par lui (1). Polycrale et ses adhérents se séparaient donc eux-mêmes de la communion de l'Eglise , qu'ils accusaient indirectement d'hérésie. Le pape Victor convoqua à Rome un nouveau synode, où il fut décidé que l'évêque d'Ephèse et ses compiovinciaux étaient indignes de la communion de l'Eglise. N é a n m o i n s , Victor usa de ménagement, et se borna à les menacer de l'ex- communication , s'ils ne venaient à résipiscence. Plusieurs d'entre eux, pensant que celle dispute roulait simplement sur un point de discipline , lui firent des observations plus ou moins énergiques , mais dont on s'est plû à exagérer la por- t é e , dans un sentiment hostile au pouvoir de la papauté. Saint Irénée se porta comme conciliateur, e t , « dans la let- tre qu'il écrivit au nom des frères qu'il présidait en Gaule, embrassa ce sentiment que le mystère de la résurrection de Nôtre-Seigneur devait être célébré au jour du dimanche. Toutefois, il avertit Victor avec décence (decenter, npoan- XOUTMÇ) de ne pas retrancher de sa communion des églises entières, pour cela seul qu'elles voulaient conserver une cou- tume reçue de leurs aïeux (2). » Voilà ce que dit en toutes letlres Eusèbe de Césarée : ce qui n'a pas empêché des écrivains prévenus, ou systématique- mentinjusles, — nous ne savons lequel dire , — de prétendre, comme M. Ampère , dans son Histoire de la Littérature fran- çaise avant le XII" siècle , qu'Irénée écrivit à Victor une lettre très-vive, et qu'il flagellait très-rudement son adversaire. Belle manière d'écrire l'histoire! M. Ampère ajoute qu'il pouvait bien, après Bossuet, dire que saint Irénée montre déjà dans une (1) Euseb., Hisl, ecci., V, 24. (2) Ibid.