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EXPOSITION DE 1 8 4 3 - 1 8 4 4 . 99 à la nature; de nos jours encore on peut citer MM. Aîigny, Cabat, Berlin et plusieurs autres qui, dès leurs débuts, se sont montrés avec honneur; parmi ceux-ci nous sommes fier de nommer M. P. Flandrin. 11 sait mettre du style dans ses ouvrages; ce qu'il y a de conventionnel dans sa manière est toujours marqué au coin d'un d'un goût simple et sévère; son paysage composé rappelle les idylles de Virgile, et sa Vue prise aux bords du Tibre,dans ce lieu classique qu'on appelle la Promenade du Poussin, est une étude très intelli- gente et toute empreinte d'un sentiment religieux pour la nature : la couleur seule, qui est un parti pris chez M. Flandrin, dépare ses œuvres. La belle et splendide nature du Bugey a toujours, dans M. Ley- marie, un fidèle et spirituel interprête sous le double rapport de l'arrangement et de l'exécution. La partie élevée du second plan, éclairée par les derniers rayons du couchant, est traitée avec une rare habileté de pinceau, et l'on y retrouve cette main si exercée à reproduire l'architecture. Ce tableau fait comprendre, plus que touî autre, le danger des expositions et le sort qui est réservé à la pein- ture sage et consciencieuse, quand elle est entourée de ces toiles clinquantes et brillantées qui attirent d'abord les regards de la foule, mais l'amateur trouvera à étudier dans cette œuvre de beaux effets de demi-teinte dans la partie basse de la vallée, déjà privée de lu- mière. Le paysage de M. Lavie atteste des progrès de ce jeune artiste; la couleur gagne en puissance et en justesse. Nous lui conseillerons seulement d'étudier un peu plus les premiers plans. Sa marine, qui est jolie d'effet, annonce un peu d'inexpérience dans le genre; les vagues qui se brisent sur les rochers des premiers plans ne sont pas assez vraies de forme, et les rochers manquent de cet aspect métallique que la mer donne à tout ce qu'elle frappe incessamment. M. Lavie est dans une bonne voie; qu'il n'imite pas M. Cinïer qui, après avoir fait naître de grandes espérances à son début, a si vite donné un démenti à ses preneurs. M. Fonville se continue dans ses vues du Jura, do Nantua, etc. Pour sa vue de Janina, il a, dit-on, prêté son pinceau à M. Garnoray qui, depuis sa Bataille de Navarin, abuse de la Grèce avec pres- qu'autant d'indiscrétion que M. Biard en agit avec les contrées po- laires et les ours blancs ; mais il est plus facile de faire des contes sur le Spitzberg que sur le Levant, que tout le monde connaît au- jourd'hui. Tout a pris de mesquines proportions, ou a disparu com- plètement dans le tableau de M. Garneray ; on n'y retrouve qu'une couleur locale assez vraie, et une grande expression des effets de la mer. Du style, de la simplicité, un bon choix de nature, une exécution facile, telles sont les qualités que l'on distingue dans les deux pay- sages exposés par M. Peysonneau, et qui les font sortir de la ligne ordinaire.