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350 . poisiu.
Fera-t-il beau demain ? Hélas ! et ma torture
Lui prédit un temps clair, charme de la nature !
Conçoit-on ma colère et mon ennui profond,
Quand à de tels propos c'est mon pied qui répond !
Si j'annonce, en criant, la fin des jours de pluie,
Chacun se réjouit des douleurs que j'essuie.
Plus je souffre et me plains, plus on est en gaîté,
Car mon cor-baromètre au beau fixe est monté.
Ah! parmi tous les maux que pleura l'élégie,
Lequel poursuit un homme avec plus d'énergie ?
Lequel, lorsqu'il vous point, met en si belle humeur
Ceux auxquels votre accès annonce un temps meilleur ?
Sans doute un noir chagrin peut assombrir votre âme :
La perte d'une amante ou la mort d'une femme
Frappent de notre cœur le plus secret repli ;
Mais à nos pleurs amers le remède est l'oubli ;
Le Temps voile un tableau dont l'aspect importune,
On peut se consoler des coups de la Fortune;
Mais un cor gros et dur, assis sur notre pied,
Nous donne aux yeux de tous un air estropié ;
Un cor, qu'Ã chaque pas nous sentons plus malade,
Peut-on, pour l'oublier, faire une promenade ?
Un cor, ignoble objet dont on n'ose parler,
Nous livre des assauts qu'il faut dissimuler.
Ecrivit-on jamais à la belle qu'on aime :
« Mon cor en ce moment me cause un mal extrême,
Et m'empêche vers vous de prendre mon essor ? »
Dans le grand monde enfin parle-t-on de son cor?
Non ; il est des secrets qu'un malheureux doit taire :
Et même en ce moment, gémissant, solitaire,
Quand je peins un fléau dont Satan me fit don,
Je crains que mes lecteurs ne me disent : Fi donc !
J. PKTIT-SENN.